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de Robert Littell - J'ai Lu
 

Ce qui est plaisant avec les romans de Robert Littell, c’est la sensation qu’il connaît tellement bien le milieu de l’espionnage que ses histoires ne sont que la transposition de faits réels. Ce qui est déplaisant avec les romans de Robert Littell, c’est que le monde qu’il nous donne à voir est ignoble. C’est d’ailleurs un des ressorts de son œuvre que de ne jamais mettre en avant ce qui pourrait apparaître comme une action justifiée sans montrer les injustifiables raisons qui la préside.

Dans La Compagnie, son roman-phare sur la CIA, il s’appuyait sur des faits avérés, connus de tous, et montrait le dessous des décisions et des motivations. Ce roman historique restait pour cela relativement neutre, tout en mettant vraiment en balance les cultures si étrangères l’une à l’autre de la Russie communiste et des Etats-Unis capitalistes, jusqu’au point d’équilibre de leurs services de renseignements.

Mais avec L’amateur, on a le sentiment que Littell a besoin du cadre de la fiction pour démasquer les sentiments réels que lui inspirent le monde de l’espionnage. D’abord parce que la fiction permet en fait d’être plus près de la réalité (sous le couvert d’un avertissement sur l’aspect fictionnel du roman qui se termine par « Pour la bonne forme : ceci est un roman, etc, etc. »). Et ensuite parce le roman permet de jouer avec les motivations supposées des personnages pour mieux faire ressortir la noirceur des faits dont on ne doute pas une seconde qu’ils soient vrais. Et d’ailleurs passablement nauséabonds, s’agissant de ce qui se passe dans L’amateur. Littell montre le dessous des hommes pris dans cette machine d’espionnage, avec des doubles, triples, quadruples niveaux de réflexion, des jeux d’échecs, d’intoxications, de provocations aboutissant tous aux mêmes resultats : des morts. Des morts pour des idées qui ne sont pas les leurs. Je crois que le véritable mot qui pourrait désigner le monde d’ombre décrit par Littell est « pourriture ». Un pourrissement graduel des repères et des frontières qui gagne tous les pions de ce jeu.

Et si un amateur réussit à tirer son épingle de ce sale jeu, c’est pure chance.

 
PmM
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