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de Lawrence Block - Points
 

A chaque fois que je retrouve Matt Scudder, je ne peux m'empêcher de penser que Block tient une écriture nettement plus aboutie que nombre d'auteurs américains que pourtant j'adore. J'ai toujours été frappé par le style de beaucoup d'excellents écrivains US, style quasiment journalistique, à la limite de l'absence de style. Tous possèdent une technique narrative irréprochable, avec notamment un art des dialogues consommé, une capacité à dynamiser une situation sans faille et une aptitude parfaitement efficace à camper un personnage ou à rendre une ambiance. Mais la plupart ont une neutralité de style -ou une absence, donc- qui tient, peut-être, à la formation littéraire telle qu'on la conçoit aux Etats-Unis. Le métier d'écrivain n'est, du moins en France, pas le moins du monde conçu comme l'aboutissement d'un cursus universitaire de formation professionnelle, ce qui est, si j'ai bien compris, le cas aux USA. On m'a souvent parlé de ces cours d'écriture (chaque fois d'ailleurs, je pense au prof d'écriture de Burgess dans le testament de l'orange ) qui sont autant de cours de technique littéraire, d'où, peut-être encore, cette évidente maîtrise technique et ce style neutre. C'est peut-être pourquoi aussi la littérature dite " de genres " nord-américaine s'oppose d'une certaine façon à la littérature dite " d'introspection " européenne. C'est un débat sans doute intéressant, qui se poursuivra ailleurs si vous le désirez.

Toujours est-il que Lawrence Block manifeste tout ce qu'on peut attendre d'un grand écrivain. Tous ses polars, tout en étant les archétypes de leur genre, manifestent une gravité qui les entraîne forcément au-delà de ces catégories souvent un peu mesquines. Je ne vais pas vous raconter l'argument (ceux qui connaissent ne me le pardonneraient pas, et ceux qui ignorent encore Matt Scudder devraient commencer au premier de la série, qui est si je me souviens bien le blues des alcoolos, par ailleurs scandaleusement introuvable en France, ou par Huit millions de façons de mourir, qui me paraît être la meilleure introduction), je me contenterais de vous signaler que la tentative de Block de rendre plus diffuses et plus opaques encore les frontières du bien et du mal trouve dans cet opus son aboutissement et que les paradoxes complexes qui font de Scudder un privé pas comme les autres se font de plus en plus remarquables. Pas de doute, c'est génial.

 
EM
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