Hygiène de l'assassin Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
d'Amélie Nothomb - Points
 
Ce petit ouvrage d'Amélie Nothomb, écrit voilà déjà quelques années, accroche de prime abord le lecteur par son titre, puis par son étrange sujet (un obèse misanthrope prix Nobel de littérature, sur le point de mourir, accordant des entretiens à des journalistes). Le début du livre est donc composé d'ue série d'entretiens, pendant lesquels cet écrivain (nommé Prétextat Tach) lamine sans méchanceté les journalistes venus le voir. Puis arrive Nina, dont l'interview constitue le coeur du livre. La vacuité des échanges avec les premiers journalistes (les répliques semblent artificielles ; en tout cas, si elles sont spirituelles et drôles, elles composent des conversations légèrement surréalistes) amène le lecteur à mettre en doute la qualité littéraire de l'ouvrage, et le réalisme (dans le sens de possibilité d'existence) d'un écrivain comme Prétextat Tach. Mais ces dialogues ne font en fait que préparer l'intervention de Nina. L'artificialité des premiers échanges crée alors un contrepoint aux brillantes réparties échangées entre Tach et Nina (sans oter l'aspect parfois irréel de certaines répliques). Et c'est en découvrant l'oeuvre de Prétextat Tach à travers l'analyse de Nina, que l'on découvre que le dialogue n'est que métaphore des rapports de l'auteur et du lecteur, de l'oeuvre et de sa lecture. On comprend alors le sens de la vacuité du début du livre ; les premiers journalistes ne voient rien dans l'oeuvre de Prétextat Tach, comme nous ne voyons rien dans celle d'Amélie Nothomb. Pour comprendre, il nous faut l'aide et la clairvoyance de Nina. Au delà de ce simple parallèle, il y a le rapport que l'on entretient avec le livre lui-même et son récit (car le récit de la vie non-adolescente de Tach constitue la trame de cette reflexion sur l'écriture). Tout au long du livre, le rapport établi par le lecteur avec le personnage de Tach, ou avec le récit d'Amélie Nothomb, suit les mêmes phases (neutralité, rejet, incompréhension, interêt, gêne, plaisir) que celles caractérisant les rapports de Prétextat Tach avec la critique littéraire virtuelle qui ne le comprend jamais. Souvent, les créations littéraires d'Amélie Nothomb cessent d'être des créations que l'on peut examiner en spectateur neutre : elles nous mettent le nez dans nos travers de lecteur. On se surprend à accorder plus d'attention un passage, parce qu'une pique de Nina à Tach sur le manque d'attention des lecteurs nous est en fait adressé. Mais il faut le dire : il est bien agréable d'être un lecteur ainsi manipulé.
 
PmM
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