Froissart’s Modern Chronicles Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Francis Carruthers Gould - T. Fisher Unwin
 
Un livre étrange, c’est le moins que l’on puisse dire.
Beaucoup d’historiens, si vous vous donnez la peine de les interroger sur le déclin de l’Empire britannique, avanceront comme date charnière la fin du règne de Victoria (1901), le début ou la fin de la première guerre mondiale ou la crise économique de 1929. Grâce à KaFkaïens, vous pourrez désormais les détromper avec assurance : la date qui devait marquer le début de la fin pour la perfide Albion, c’est 1902.
Avant 1902, l’Angleterre est la première puissance mondiale, Rule Brittania, l’Union Jack sur toutes les mers du globe. Après 1902, c’est la longue route du déclin qui allait les amener à Maggie Thatcher et Tony Blair.
C’est en effet en 1902 que Francis Carruthers Gould, politicien, essayiste et caricaturiste, allait publier Froissart’s Modern Chronicles, une tentative bizarre de raconter les événements des seize années précédentes (1886-1902) à la manière de Jean Froissart, le grand chroniqueur du XIVème siècle.
"Pourquoi ?" est évidemment la question que tout le monde se pose. Francis Carruthers Gould explique bien dans son introduction qu’il a « entrepris de chroniquer dans ce petit livre l’histoire politique des seize dernières années dans l’esprit et le langage de Jean Froissart, comme si les évènements en question avaient eu lieu au XIVème siècle au lieu du XIXème et du XXème » , mais nul part ne prend-il la peine de nous expliquer quel est l’intérêt d’une telle démarche.
Celle-ci devient encore plus surréaliste quand on se souvient que, si The Modern Chronicles sont rédigées en anglais, Froissart, lui, écrivait en moyen français médiéval. L'auteur ne copie donc pas tant la manière du chroniqueur de la guerre de Cent Ans que celle de ses traducteurs anglais, Johnes et Berner !
Francis Carruthers Gould a également parsemé son livre d’illustrations « à la manière de » : fausses enluminures, ersatz vitraux d’église et gravures contrefaites, tous réalisés par lui-même.
Je ne surprendrai donc personne en révélant qu’un tel livre, daté déjà quatre cents ans avant d’avoir été écrit, a extrêmement mal vieilli. Seule une connaissance approfondie de la période permettrait au lecteur d’y comprendre quoi que ce soit et de saisir les blagues et plaisanteries qui, je n’en doute pas, abondent. Mais bon, à deux sterlings chez le petit bouquiniste de mon quartier, je ne vais pas me plaindre !
 
AS
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