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de Stephen Baxter - Presses de la Cité
 

Un livre merveilleux, comme j'aurais aimé en lire quand j'avais quinze ans. Il est parfois difficile de comprendre les mécanismes de l'évolution et de la compétition darwinienne et d'imaginer la chaîne continue de nos grand-mères qui remonte jusqu'à ces petits mammifères qui couraient entre les pattes des dinosaures. C'est ce que propose Stephen Baxter, en abordant délibérément le sujet sous l'angle du roman : pas de théorie, pas d'explications compliquées, seulement des exemples ponctuels dans la vaste cuve de brassage du mélange joyeux des espèces. A lire cet ouvrage, on comprend que la spécialisation mène à des culs-de-sacs : moi qui ai toujours cru que l'homme était devenu conscient en se spécialisant, je comprends maintenant que certains primates se sont justement spécialisés dans un habitat sylvestre et y sont restés, sans aucune chance de parvenir au niveau de conscience qui nous caractérise, nous humains. Leurs descendants actuels sont les chimpanzés. D'autres primates ont tenté de survivre dans la savane et se sont redressés (donc moins spécialisés), ont entamé une vie bipède qui les amenés à se nourrir de moins de fruits et de plus de viandes (dans la savane, il y avait moins d'arbres). Les protéines ont permis des développements beaucoup plus grands. Et ce processus s'est répété. Les espèces d'hommes qui s'étaient trop spécialisées, comme les néanderthals, ont disparu quand de plus adaptables leur ont fait concurrence.

Quand on pense que de nombreux humains en sont encore au stade du créationnisme divin, on ressent un peu de peine. L'argument philosophique qui tend à justifier la religion comme explication du sens de la vie, par opposition à la démarche scientifique qui en expliquerait les mécanismes, fait bien d'ignorer des livres comme Evolution. Car ce sont des livres qui permettent de dégager d'un mécanisme une vraie poésie propre à nous émouvoir, un sens, une admiration du cosmos et du hasard. Dieu ne joue pas au dés, c'est sûr, mais l'on pourrait bien finir par admirer les dés. En plus d'apprendre à ne plus mépriser tous ces primates qui sont nos frères.

 
PmM
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