«
Je n'ai plus le désir de vivre puisque j'ai écrit Eureka
»
Edgar Allan Poe
«
A boire, A boire pour Maître Edgar
A boire, A boire pour le Génie »
Jean Leloup
Je navais jamais entendu parler de ce texte de Poe, je suis
tombé
dessus par hasard en relisant ses histoires dans le tome Oeuvres
en prose
de la Pléiade. Pourtant, Poe considérait cet essai
comme le couronnement
de son uvre, et il déclarait à son éditeur
dubitatif : « Oh ! Mr
Putnam, vous ne vous rendez pas compte de limportance de luvre
que je
mène à son achèvement. Jai résolu
le secret de lUnivers ! ». Baudelaire,
pourtant farouche admirateur de Poe et qui traduisit le texte, hésita
quelques années avant de vendre la traduction dun «
poème en prose »
qui semble t-il le laissait perplexe.
Eureka est à la fois un traité dastronomie,
une méditation poétique
sur la naissance de lUnivers et, dans son prologue, une fiction
danticipation (une lettre trouvée dans une bouteille
et datée de 2848 après JC
retrace les différentes étapes de la connaissance
scientifique).
Javoue ne pas être très calé en physique
et en astronomie (pour tout vous
dire, jai sur lUnivers des vues essentiellement touristiques
: je
visite, je prends quelques photos et je remonte dans mon bus) mais
je nai
pas limpression que Poe soit très crédible dans
les grandes envolées
quil nous propose (ou alors, on en aurait entendu parler,
non ?) :
refonder la science sur lintuition, nouvelle théories
de la matière et de
la gravitation. Je ne suis pas à même de discuter les
intuitions de Poe,
mais je peux cependant voir en quoi ses arguments et ses raisonnements
sont spécieux et tautologiques. En bref, on a un peu limpression
quil
perd les pédales : il y a dans ses affirmations, dans son
ironie à
légard, en gros, de la quasi-totalité des scientifiques
et philosophes qui
lont précédé et dans la certitude davoir
raison qui se dégage du
texte, quelque chose dun peu triste. Poe nest jamais
méchant ou
prétentieux : il pense réellement avoir trouvé
la bonne solution et son évidence
le frappe à la limite du k.o. Cest donc à un
auteur groggy que nous
avons à faire, un auteur perdu dans ses lectures et sa soif
de
comprendre.
Lire Eureka nest pas très intéressant,
sauf quelques fulgurances de
style et didée (notamment un beau passage sur les mots
tels quInfini
qui nest qu « une pensée de pensée
», cest-à-dire un mot qui indique
non pas un objet observable mais leffort de pensée
vers cet objet).
Peut-être un lecteur plus calé que moi en ces matières
viendra prouver
bientôt que seul mon inculture ma empêché
de lire correctement ce texte
et nous dira tout le génie astrophysique de Poe
en
attendant je vais
relire Le Coeur Révélateur.
Petit post-scriptum : Paul Braffort, physicien et membre de l'OuLiPo,
m'a justement confirmé que le texte de Poe valait plus par
cet esprit de tentative d'une démarche intuitive et poétique
dans les sciences que par les déductions logiques qui en
avaient été tiré par l'auteur.
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