Des milliards de tapis de cheveux Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
d'Andreas Eschbach - J'ai Lu
 

C’est un livre qui expose son histoire par le biais d’une superposition d’instantanés de la vie de nombreux protagonistes : cela peut être déroutant, au premier abord. Comme un tapis que l’on tisse patiemment, les historiettes dessinent l’histoire générale d’un univers centralisé où des planètes entières fonctionnent suivant l’économie des tapis de cheveux. Des tapis que les tisseurs passent une vie à tisser et qu’ils vendent à des marchands itinérants avant de partir à la retraite et de passer le flambeau à leur unique fils autorisé. Des tapis somptueux faits uniquement avec les cheveux de leurs femmes et de leurs filles, et dont la finalité unique est de paver les sols du palais de l’empereur qui règne tel un dieu inaccessible sur le devenir de la galaxie.
Cette économie des tapis assure la stabilité sociale des mondes qui lui sont dédiés en instaurant un modèle social quasi théologique, les tisseurs étant les officiants et les questeurs les prêtres d’une religion de l’empereur-dieu. Les contacts entre planètes étant rares, on se borne à supposer qu’il existe d’autres planètes où l'on fabrique les vêtements de l’empereur, les nourritures de l’empereur, les jeux de l’empereur.

Et chacun de vivre sa vie sans prêter attention -sous peine d’hérésie- aux rumeurs qui affirment que d’autres planètes fabriquent des tapis (que pourrait-on bien faire de tous ces tapis ?), que des rebelles ont déstabilisé l’empire, que la société des tisseurs n’est pas la société ultime, que l’empereur serait peut-être mort, tué par un rebelle.
Entre mondes qui s’échouent et civilisation qui se déchire, la question subsiste jusqu’à la révélation finale : que deviennent les tapis ? Quel projet insensé a mené à leur fabrication et à l’instauration de la société des tisseurs? Eschbach se réserve la surprise ; son livre utilise une idée délirante pour démontrer qu’en matière de contrôle social n’importe quelle pratique absconse peut devenir une norme telle que les hommes sous son emprise s’y dévouent par conformisme ou par conviction. Il faut un concours de circonstances pour que le mystère soit levé ; ce que le livre ne dit pas et que l’on peut deviner, c’est que les nouveaux maîtres découvrant la nature de ce contrôle social le conserveraient sans doute, comme l’ont fait tous les dictateurs qu’a connus notre planète étroite. Et qu’importe alors la mort de ceux qui ont osé s’opposer ou simplement questionner : la raison toujours est vaincue par l’intérêt personnel.

 
PmM
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