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Ce roman historique
retrace l'histoire de la Finlande, conquise par la Russie au tournant
du 19ème après des siècles de domination suédoise.
Cette conquête se déroula en deux temps, le premier militaire
pendant lequel beaucoup de finlandais moururent en affrontant les
armées russes, puis légal pendant lequel le tsar Alexandre
convoqua la diète finlandaise pour déclarer un protectorat
russe à la place d'une annexion pure et simple. Les finlandais
se trouvèrent donc écartelés entre la détestation
d'un envahisseur russe et la gratitude envers un monarque qui avait
permis à la Finlande d'exister à nouveau en tant que
pays.
Ce livre, écrit en 1944, après que l'URSS aie envahi
et annexé la moitié de la Finlande, a donc le statut
d' une protestation symbolique en même temps que de l'expression
d'une " âme " finlandaise trahie par ce nouveau coup
du voisin oriental. La préface détaille ce contexte
et permet de mieux apprécier le roman lui-même.
Le roman est basé sur un parallèle entre la conquête
militaro-légale du pays et la conquête qu'aurait fait
le tsar d'une jeune fille du pays. Vaincue par les armes, la Finlande
cède au charme du jeune tsar Alexandre. Résistant à
son charme, la jeune Ulla va employer des armes qu'elle n'aurait pas
cru posséder. Et cela est merveilleusement écrit et
imaginé : les armes ne sont pas où l'on croit qu'elles
vont être, la séduction et l'abandon jouent à
plein au moment les plus violents. Le parallèle s'étend
aux personnages secondaires, dont les péripéties se
renvoient les unes aux autres ; ainsi l'amoureux transi de Ulla renvoie
au général finlandais ayant accepté la reddition
du pays, ainsi la diète finlandaise et sa fastueuse réunion
renvoie au dîner offert par la famille de Ulla à l'empereur
en visite. Et les orages passent sur la Finlande comme les défaites
de son armée.
D'une rectitude historique parfaite, ce roman nous offre également
une peinture d'un autre affrontement qui nous concerne plus directement
: les occidentaux finlandais, adossés à leur histoire,
à leur Europe ravagée par les guerres de Napoléon,
se heurtent à l'orientale âme slave, dans une multitude
de petites scènes où se montrent les masques de l'incompréhension
mutuelle. Et cette étrangeté, maniée par un finlandais,
nous rappelle les grands livres de la littérature russe, dont
on est souvent bien en peine d'arriver à définir le
pourquoi de la fascination qu'ils exercent sur nous, et qui pourrait
bien être cette différence-là, nourrie depuis
des siècles au lait de l'amour fratricide. Les finlandais contemporains
sauraient sans doute nous l'expliquer. |
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