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| Comme je vous
le disais dans une autre critique, j'aime particulièrement les livres
qui prétendent " continuer " des textes historiques à partir d'éléments
réels ou non. J'ai toujours trouvé ce jeu avec les références obligées
de la littérature, les biographies et les contextes historiques particulièrement
excitant. En l'occurrence, là, c'est Crichton qui s'y colle… Bon,
je ne suis pas un fan déterminé de ce gars, à qui je reconnais cependant
l'efficace qualité d'être là où il faut, quand il le faut, avec le
bon bouquin sous le bras… Le 13ème guerrier commence par une
note relatant le point de départ de l'idée du livre : un ami de Crichton,
prof de fac, lui confiait son ennui à enseigner sur des œuvres aussi
éculées que le Beowulf (pour ceux qui ne vouent pas un intérêt
débordant à la littérature en vieil anglais, précisons que le Beowulf,
dont on situe l'élaboration entre le VIIème et le VIIIème siècle et
la fixation manuscrite au début du IXème, est l'épopée fondamentale
de la littérature anglo-saxonne, un poème épique et légendaire racontant
les faits d'armes d'un chef viking nommé Beowulf (le monde est bien
fait) qui s'est battu avec tout et n'importe quoi, notamment un dragon,
et qui mérite mieux que l'atroce couverture mordorée dont l'a affublée
Gallimard). Crichton, donc, avait lui, au cours de sa scolarité, pris
grand plaisir à la lecture de ce texte, il a donc voulu lui rendre
un petit hommage avec le 13ème guerrier (dont le titre original
est Les mangeurs de morts, mais c'était pas assez bien pour
le film, donc l'éditeur a changé le titre du bouquin dans le même
coup en mettant une photo d'Antonio Banderas sur la couverture - selon
le dégoûtant procédé qui nous vaut la tête à Depardieu sur les rééditions
des Misérables, c'est affreux -, d'ailleurs, le film se regarde
avec nonchalance par une après-midi pluvieuse si vous aimez l'humour
viking). Bon, qu'est-ce que je disais ? Oui, donc Crichton a eu l'idée
rigolote de reprendre le Beowulf en faisant participer à cette
aventure un ambassadeur arabe, servant de point de vue " étranger
" à cette saga nordique. Là où c'est plus amusant, c'est qu'il a utilisé
un véritable chroniqueur, Ibn Fadlan, qui au Xème siècle a remonté
le Danube en mission diplomatique pour son calife. Arrivé en Bulgarie
(à l'époque, elle s'étendait jusqu'au sud de l'actuelle Pologne si
j'ai bien compris les explications de l'édition de La Pléiade Les
voyageurs arabes qui regroupe les écrits des principaux diplomates
envoyés aux quatre coins du monde connu par les puissants califats
de l'époque), il décrit sa rencontre avec un bateau viking en goguette.
Crichton, avec un certain à propos, poursuit cette courte rencontre
: les vikings (dont le chef s'appelle Buliwyf, nom qui peut aisément
se corrompre avec le temps et les traductions en Beowulf) sont rappelés
au pays par un messager porteur de nouvelles funestes : de mystérieux
démons assaillent un village. Pour cette expédition, Buliwyf doit
emmener 13 hommes dont un étranger, et voilà donc notre chroniqueur
qui se joint à l'aventure qui donnera quelques siècles plus tard le
Beowulf. Crichton joue avec beaucoup de doigté des différents
niveaux culturels de son récit. Les digressions sur les langues et
l'écriture (avec la nécessité pour Buliwyf qu'on " raconte son histoire
"), l'opposition entre vikings guerriers et arabe musulman raffiné,
les monstres mythiques (le dragon de Beowulf est une colonne de cavaliers
tenant des torches dans la brume) ramenés de façon amusante à une
théorie selon laquelle des hommes de Néanderthal aurait coexistés
avec les homo sapiens jusqu'au Moyen-Age (théorie qui doit être assez
populaire outre-Atlantique puisqu'on la retrouve dans Mutations
de Sawyer), bref, Crichton connaît son boulot et le tout, sans
casser des briques non plus, est un aimable exercice de fiction d'histoire
littéraire très agréable à lire, d'autant plus qu'on aura préalablement
lu les textes dont il est issu. |
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| EM |
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