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Pierre Bordage
est une valeur sûre de notre paysage littéraire de Science-Fiction,
et l'on est à peu près certain de passer un bon moment
avec n'importe lequel de ses livres. Evidemment, certains sont plus
faibles (comme Wang) que d'autres (Terra
Mater, La citadelle hyponeros, la fable de l'Humpur...).
Abzalon est assez réussi dans la veine des huis-clos
galactiques : un vaisseau colonisateur doit fonctionner automatiquement
pour amener une population humaine jusqu'à une planète
trop lointaine. Les siècles du voyage doivent se dérouler
sans que les les humains du bord ne deviennent fous. Les brillants
concepteurs du voyage imaginent de réunir dans le vaisseau
des populations violemment antagonistes par leurs traditions et cultures
(et pour cause ! L'une d'elle est constituée par les survivants
d'un bagne mortel) et de prévoir les moments et conditions
de leurs mises en contact au sein du navire pour constituer une logique
d'affrontement propre à entretenir l'instinct de survie des
futurs colons. Bien sûr, rien ne déroulera comme prévu,
les factions en lutte lors de la construction du navire ayant chacune
imaginé des déroulements différents et saboté
les programmations et les infrastructures du vaisseau.
Tout est là pour faire un bon roman. Mais Pierre Bordage cède
souvent au symbolisme religieux avec lequel il pense sans doute renforcer
l'étoffe de ses romans, et malheuresement ses symboles sont
souvent si éculés (personnages christiques, rédemption
omniprésente, virginité, prophétie...) qu'ils
ne font que parasiter le déroulement du livre. Je persiste
à croire qu'il pourrait s'en passer et devenir un conteur extraordinaire,
l'équivalent français d'un Silverberg. A la différence
de La fable de l'Humpur qui innovait dans l'exploration mythologique
des origines, Abzalon, comme Wang, pèche par
le prêchi-prêcha. Mais que cela ne vous empêche
pas de le lire et d'apprécier les péripéties
du vaisseau fonçant sans pilote dans les ténèbres
de l'espace ouvert... |
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