| |
C'est généralement
quand souffle un vent froid sur les boulevards parisiens ou dans ma
tête déprimée que je me réfugie en Patagonie.
Le vent patagon rend fou, dit-on. Il marque l'esprit. Il a marqué
le mien quand j'ai pu emprunter les routes caillouteuses du Sud argentin
pour aller voir les baleines de la péninsule de Valdez et le
canal de Beagle où s'ouvre la baie d'Ushuaïa.
Le sifflement du vent froid à mes oreilles toujours me ramène
à ces instants passés au bord des plages de galets concassés
ou sur la pampa infinie. Je me souviens de mon immobilité face
aux horizons bouchés de montagnes, face aux vagues d'herbes
sèches et de buissons piquants qui servaient de refuge aux
guanacos trop sauvages pour qu'on ne puisse faire autrement que les
apercevoir. Je me souviens de cette immobilité glacée
face aux mers du sud froides parcourues par les phoques bondissants,
les pingouins farceurs et les baleines majestueuses. |
| |
 |
| |
| Quand le mouvement
de ma vie m'entraîne dans ces passages tumultueux que je redoute,
je rêve encore de cette immobilité. Je rêve de
retourner sur ces plages, et de construire un abri simple, une toile
de tente qui couperait le vent et permettrait de voir l'horizon, protégé
de tout et de tous. Protégé. Je rêve de laisser
passer le temps dans cette immobilité, buvant un thé
chaud tandis qui chante le vent froid. Je rêve d'attendre que
le jour passe. Je rêve d'ailleurs, évidemment, mais surtout
de Patagonie. |
| |
 |
| |
Est-ce parce
que ma vie étriquée de petit-bourgeois occidental ne
m'a donné que cette fenêtre-là -par chance familiale-
sur un ailleurs possible ? Est-ce parce qu'à ce moment j'ai
su, mais en le comprenant bien des années plus tard, ce que
c'était que le voyage ? Depuis que je l'ai compris, je ne sors
plus de mon quartier de Paris, n'ayant plus la force morale de remettre
mon confort mental en question. Voyager ! Bien peu d'entre nous savent
réellement ce que cela veut dire. Ceux qui le savent l'ont
fait. Ceux qui le devinent sans jamais l'accomplir deviendront des
aigris, comme moi, ou s'anesthésieront avec une vie tranquille.
Voyager, c'est vivre ailleurs. |
| |
| PmM |
|