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| Coincés
dans le sac de plage entre la crème solaire et les raquettes
en bois, les livres de l'été sont bourrés de
sable. C'est horrible. Heureusement que, revenu vivant de vos vacances,
vous pouvez vous asseoir mollement dans un fauteuil bruni par le
soleil, déguster un breuvage glacé (Ballet Russe
: mélanger au shaker avec de la glace deux parts de vodka,
une part de crème de cassis, une part de jus de citron et
une part de jus de citron vert) et lire tranquillement sans
le chat toutefois, vu qu'il fait la gueule depuis que vous l'avez
laissé en pension chez le voisin de palier, celui qui a trois
chiens. |
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| L'Odyssée
d'Homère - La Découverte |
| Difficile,
ami lecteur, de critiquer quoi que ce soit dans ce livre : il fait
partie du patrimoine littéraire mondial, le texte est recouvert
de strates de signifiances, d'interprétations et symboliques
éternelles. On peut s'interroger sur la pertinence de lire
aujourd'hui de si vieux textes. Un lecteur, au cours d'un échange
de mails à propos de science-fiction, me confiait son inappétence
pour ce qu'il nommait la littérature à toile d'araignée,
ce qui est cruel et néanmoins assez drôle. Il pourrait
ainsi y avoir deux types de lecteurs : ceux qui ont lu l'Odyssée
et ceux qui pensent que, connaissant en gros le déroulement
de l'histoire, l'effort n'en vaut pas la chandelle (ou l'électricité
si, contrairement à moi, vous n'habitez pas dans des égouts).
Je me drape à ce moment dans la toge du critique sentencieux
en comprenant l'exacte nature de ma mission sacro-sainte : il me
faut convaincre ceux qui n'ont pas lu les aventures d'Ulysse de
tenter le coup plutôt que de lire, par exemple, le dernier
Werber (attention, je ne dis pas que tous ceux qui n'ont pas lu
l'Odyssée sont des fans de Werber, faut pas déconner,
c'était juste rigolo de mettre côte à côte
Homère et l'autre fada).
Amis, lisez
Homère ! Non seulement c'est assez classe comme lecture de
plage, mais c'est surtout fantastique à lire. Cette crainte
que nous avons tous en face d'un vieux texte classique, cette peur
de visiter un musée poussiéreux et lugubre dans lequel
le seul bruit serait celui de nos pas égarés, cette
trouille d'être seul dans une architecture à moitié
effacée par le temps, je vous assure qu'il n'en est rien.
Je vous le garantis sur facture.
Grâce
en soit rendue à la très agréable traduction
de Philippe Jaccottet, vive et facile. Je lui laisse d'ailleurs
conclure par cette très belle phrase de la préface
à propos de son plaisir de traducteur : "Il y aura d'abord
pour nous comme une fraîcheur d'eau au creux de la main. Après
quoi on est libre de commenter à l'infini si l'on veut".
Remonter à la source ! |
| EM |
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| Des
milliards de tapis de cheveux
d'Andreas Eschbach - J'ai Lu |
| C’est
un livre qui expose son histoire par le biais d’une superposition
d’instantanés de la vie de nombreux protagonistes :
cela peut être déroutant, au premier abord. Comme un
tapis que l’on tisse patiemment, les historiettes dessinent
l’histoire générale d’un univers centralisé
où des planètes entières fonctionnent suivant
l’économie des tapis de cheveux. Des tapis que les
tisseurs passent une vie à tisser et qu’ils vendent
à des marchands itinérants avant de partir à
la retraite et de passer le flambeau à leur unique fils autorisé.
Des tapis somptueux faits uniquement avec les cheveux de leurs femmes
et de leurs filles, et dont la finalité unique est de paver
les sols du palais de l’empereur qui règne tel un dieu
inaccessible sur le devenir de la galaxie.
Cette économie des tapis assure la stabilité sociale
des mondes qui lui sont dédiés en instaurant un modèle
social quasi théologique, les tisseurs étant les officiants
et les questeurs les prêtres d’une religion de l’empereur-dieu.
Les contacts entre planètes étant rares, on se borne
à supposer qu’il existe d’autres planètes
où l'on fabrique les vêtements de l’empereur,
les nourritures de l’empereur, les jeux de l’empereur.
Et chacun de
vivre sa vie sans prêter attention -sous peine d’hérésie-
aux rumeurs qui affirment que d’autres planètes fabriquent
des tapis (que pourrait-on bien faire de tous ces tapis ?), que
des rebelles ont déstabilisé l’empire, que la
société des tisseurs n’est pas la société
ultime, que l’empereur serait peut-être mort, tué
par un rebelle.
Entre mondes qui s’échouent et civilisation qui se
déchire, la question subsiste jusqu’à la révélation
finale : que deviennent les tapis ? Quel projet insensé a
mené à leur fabrication et à l’instauration
de la société des tisseurs? Eschbach se réserve
la surprise ; son livre utilise une idée délirante
pour démontrer qu’en matière de contrôle
social n’importe quelle pratique absconse peut devenir une
norme telle que les hommes sous son emprise s’y dévouent
par conformisme ou par conviction. Il faut un concours de circonstances
pour que le mystère soit levé ; ce que le livre ne
dit pas et que l’on peut deviner, c’est que les nouveaux
maîtres découvrant la nature de ce contrôle social
le conserveraient sans doute, comme l’ont fait tous les dictateurs
qu’a connus notre planète étroite. Et qu’importe
alors la mort de ceux qui ont osé s’opposer ou simplement
questionner : la raison toujours est vaincue par l’intérêt
personnel.
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| PmM |
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| Propos
sur le bonheur
d'Alain - Gallimard |
| Nous
connaissons trop de fats qui savent nous expliquer comment être
heureux, qui connaissent d'infaillibles méthodes pour réussir
sa vie ou atteindre un équilibre parfait entre (choisissez
votre camp) travail et vie personnelle, homme et femme ou encore
teckel et varan. Alain n'a d'autre projet que de discuter plaisamment
de l'art d'être heureux comme on donnerait quelques conseils
d'hygiène élémentaire.
Ce livre paraîtra
ennuyeux à ceux qui, connaissant la chance d'être résolus
et contents d'eux-mêmes, ne savent ni le doute ni le lancinant
pouvoir de l'imagination. Aux autres, qui se perdent quelquefois
dans une vie rêvée, que le sommeil fuit par manque
de fatigue et qui préfèrent imaginer sans fin plutôt
que de faire, ce livre a les qualités d'un bon ami qui remet
les choses à leur place, qui met en garde contre la rêverie
complaisante et l'ennui créateur de tristesse.
Vous vous souvenez
peut-être, dans Illusions perdues, de la lettre qu'envoie
D'Arthez à la soeur de Lucien lorsque celle-ci lui demande
un avis sur son frère. Lucien est un homme de poésie
et non un poète, il rêve et ne pense pas, il s'agite
et ne crée pas. Je suis sûr qu'un Lucien armé
des Propos sur le bonheur aurait fait à Paris d'autres
choix que les siens et qu'il ne se serait pas attiré le désobligeant
commentaire de "femmelette" de la part de cet espèce
de moine tibétain de D'Arthez. Tous ceux qui éprouvent
sympathie et compassion pour Lucien de Rubempré voient de
quoi je parle.
Alain multiplie
les approches, les petits conseils anodins tout en dissertant de
sa belle écriture classique (qu'on croirait presque écrite
impeccablement à la craie sur un tableau noir) de la nature
de ce bonheur que chacun cherche comme un chat perdu dans le 11ème
arrondissement de Paris. Qu'en retenir ? L'art de dormir ? L'irrémédiable
besoin de volonté ? La bonne humeur ? C'est à chacun,
je crois, de saisir dans ces textes les petites idées qui
lui donneront courage. Ce livre est profondément bon.
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| EM |
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| Tu
moi
d'Alain Turgeon - La fosse aux ours |
| Les
livres d'Alain Turgeon tiennent autant du roman que de l'expérimentation
littéraire, du journal nombriliste ou du recueil de poésie.
Lorsqu'on comprend
qu'il est venu du Québec, fuyant une carrière d'ingénieur
qui l'angoissait, on se dit que le québécois, c'est
plein d'inventions et d'expressions désuètes qui confèrent
une nouveauté rafraîchissante. A se demander si le
pays n'a pas été colonisé par des cargaisons
de poètes (comme d'autres l'ont été par des
religieux chiants à mourir).
Mais non, s'il
y a certainement des traces de québécois, l'inventivité
de son style lui est propre. Ses livres sont truffés de trouvailles
qui vont du calembour rigolo ("l'homme qui murmurait à
l'oreille des cheveux") au raccourci minimaliste.
Car il ne faut
pas chercher dans une trame narrative fournie, un suspens ou dans
d'autres traits du roman les raisons d'acheter et de lire ses livres.
TNT, par exemple, n'a aucune structure, juste le mélange
d'un thème et de l'acte d'écrire sur ce thème.
Tu moi en a à peine plus : on distingue deux sous-histoires
sans autres rapports qu'une supposée autobiographie.
Bref, sans trop
savoir pourquoi, j'achète ses livres dès que je les
croise. Peut-être parce cet écrivain-là ne sait
pas où il va, mais qu'il y va et qu'il croisera peut-être
quelque trait de vraie création.
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| LN |
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