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| Notez le «
sur mer », s’il vous plaît. Il fait toute la différence.
Il marque d’un trait (Soulac/mer) une certaine noblesse revendiquée
des stations balnéaires anciennes qui au début de l’autre
siècle accueillaient les belles autos de ces messieurs négociants
en vins et les maillots à froufrous de leurs femmes parées
d’or. Hélas pour ces stations ce temps-là s’est
enfui, mais reste une référence bien pratique pour tenter
de faire oublier que le tourisme balnéaire est devenu la forme
de tourisme la plus affreuse qui soit. Pour faire oublier les entassements
humains de la plage et la vacuité du temps gâché
à déambuler entre les mêmes boutiques de fringues
et les mêmes marchands de bonbons que partout ailleurs, il faut
bien faire semblant de croire que le temps des maisons soulacaises
n’est pas totalement enfui. |
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Ces belles maisons
d’un autre temps que seuls les bourgeois bordelais pouvaient
se payer pour venir prendre les eaux salées de l’Atlantique
ont gardé ce charme qui permet aux commerçants de prétendre
faire autre chose que de vendre les mêmes grossiers articles
aux mêmes touristes obtus que partout ailleurs. Ou presque,
car les rivages de l’Atlantique n’ont pas atteint le degré
de vulgarité et d’abattage que les rives de la Mare
Nostrum. Entre les marchands de tongs, de glaces et de ballons,
la plage triomphe ici dans toute sa laideur sociale (heureusement
qu’elle reste magnifique dans sa beauté naturelle).
La plage… J’ai toujours détesté la plage
estivale et sa cohorte de bronzeurs. Elle est le condensé de
tant de détestable humanité, quand la plage déserte
par temps froid est à l’inverse empreinte d’humilité
et de questionnement. En été, la plage n’est que
métaphores sociales des ordres les plus contraignants : ordre
arbitraire du travail (le temps des vacances où l’on
ne pense pas, donc on n’est pas), ordre des sexes dans la société
(les coquettes attendent le bon plaisir des dragueurs), primautés
du corps et de l’apparence (les adonis et les naïades comme
horizon indépassable), ordre commun du goût (des vêtements,
des attitudes, du plaisir obligé…). On apprend à
aimer cette plage comme on apprend à aimer les voitures ou
les fringues ; par les autres, pour les autres. Et l’on remplit
ce temps mort du vide abyssal d’une partie de raquettes. |
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| Pour passer le
temps dans une station balnéaire, il est d’autres moyens
plaisants. Profiter de la chaleur d’une famille accueillante
et farfouiner dans les bacs d’un marchand de livres d’occasion,
par exemple. Il faut aussi s’inventer des jeux ; comme je l’ai
déjà raconté, les noms délicieux des villas
secondaires constituent une mélopée touchante et totalement
kitsch. Les noms sont divers mais toujours identiques : prénoms
de femmes qui fleurent bon un machisme désuet ou prénoms
d’hommes qui affirment une fierté tout aussi machiste,
métaphores marines que l’on trouve sans doute idéale
sur le coup, noms de plantes et d’animaux comme pour se rapprocher
d’une nature que l’on fuit avec cette maison et jeux de
mots. Quelques références musicales et littéraires,
parfois. Les jeux de mots sont en définitive et paradoxalement
au regard de leur faible niveau ce qui se rapproche le plus d’une
transgression pour avoir osé sortir des catégories précédentes.
Finalement, qu’importe le nom de la maison du moment qu’on
la nomme, qu’on la marque de son sceau : aux beaux frontons
des Soulacaises, les panneaux de faïence affirment tous en chœur
que même en vacances la propriété est avant tout
privée. |
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| Il faut alors
nager à contre-courant : manger une glace dans un restaurant
désert en plein après-midi, marcher au soir tombé
sur la plage, pédaler tôt le matin dans les pinèdes
pour découvrir l’estuaire immense et Royan au loin, découvrir
les Soulacaises cachés pendant l’heure du soleil et surtout
profiter des moments envolés et de l’affection des siens,
loin de la foule des autres, autour d’un repas délicieux. |
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| PmM |
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