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"Tout ce que nous exigeons, c'est la
réalité."
Thoreau |
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J'ai pris la fuite, j'ai quitté Paris et ses visages multiples.
Je ne supportais plus le désamour de cette ville, la musique
des Tinos qui rythmait chaque stance avec une énergie ravageuse.
Trop de lumières aussi. Et je ne rêve pas à
Paris et j'en suis arrivé à un endroit où l'on
éprouve tendrement le besoin de rêver sans avoir à
se laisser bercer par les rails du métro, ces bras qui ne
se referment jamais et jamais ne vous enlacent.
J'ai pris un train et je suis retourné dans les suds. Dès
le départ, je me suis endormi paisiblement ; quelques images
éparses, presques joyeuses, ont papillonné devant
les yeux de mon sommeil. A mon arrivée, après avoir
méticuleusement ordonné mes affaires, j'ai poursuivi
sans cesse les rêves. La nuit, une énorme lune blanche
éclaboussait le lit rouge d'une lumière saline. Le
matin, c'est le vent dans les platanes qui tissait avec rage un
filet à rêves. J'ai eu des après-midi chaudes
et propices à la sieste. Et j'ai rêvé sans cesse.
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| J'ai rêvé
de cercles d'or et d'un anneau fait en tiges de menthe, presque une
alliance sainte et végétale. C'était dans un
jardin au soleil. Un chat me regardait, cela fait longtemps que nous
savons qu'il n'y a pas meilleur guide qu'un chat pour plonger dans
le sommeil et en ramener des rêves. J'ai pu garder trace de
ce songe, je l'ai offert à un ami. Je me souviens encore du
goût des oranges sanguines que j'ai mangées sur une table
de plastique blanc. Quelques jours après, je me suis perdu
pour de bon, tout est devenu rêve, malgré les cercles
d'or que je dessinais sur du papier bleu et que je croyais magiques. |
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| J'ai bel et bien coulé,
tant l'île était acide. Ce rêve, j'espère
pouvoir m'en débarrasser un jour ou l'autre à force
de prières. Mais qui décide de quoi les rêves
sont faits ? Qui dispose le sommeil pour qu'entrent en scène
tous les personnages qui s'abritent entre les os de nos crânes
? Je ne souhaite à personne d'être un Conquistador et
d'éventrer une île comme je l'ai fait. A croire qu'on
peut, en portant un casque de métal, oublier son visage. Amer
fut ce voyage autour de l'île. Ulysse avait bien raison, lui
qui voulait rentrer chez lui et pleurait chez Circé au souvenir
des figuiers d'Ithaque. |
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| J'ai vu un après-midi
où les platanes écorchaient le ciel et tentaient, mains
tendues, de ratisser les nuages, j'ai vu ce tendre soleil de printemps
affleurer parmi les branches fleuries d'un prunier du Japon et refléter
ainsi un autre soleil, plus dur, plus blanc que j'avais vu quelques
mois auparavant illuminer les seins d'un sphinx étalé
sur le calcaire d'une rive de la Méditerranée. Deux
soleils opposés dans le même rêve, ce n'est pas
un bon signe, mais qui a dit que les rêves font signe ? Qui
peut croire qu'on voudrait nous dire quelque chose parmi ce soliloque
? Nulle part je n'ai vu plus tendre chose que ce calcaire interrogatif
mêlé aux pétales fragiles de ce prunier du Japon. |
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| Nous fûmes à
la ville pour ce dernier rêve, sous l'oeil énorme et
tutélaire de Lord, ce cheval qui nous regarde et laisse ma
main se poser sur son visage. Nous fûmes à la ville glissant
sur la chaussée mouillée de neige. Ce que je fis dans
ce rêve ne regarde que moi, mais j'y trouvais la force et l'inépuisable
sagesse d'un fils de crocodile, tel celui que je vis dans une église
où je m'étais arrêté pour écrire
un peu et qui menacait par sa seule présence des pélerins
pourtant admiratifs. Ou ce Mexique de carton-pâte découvert
dans une ruelle après un cours d'introduction à l'Islam
récité par une fille à demie-nue. On se perd
souvent dans les rêves, mais qui voudrait connaître l'issue
d'un labyrinthe avant que d'y entrer ? |
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Depuis je suis revenu
à Paris. De guerre lasse, dit-on. Mais seul je sais les causes
de ce retour.
Ici, je ne rêve
plus.
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| EM |
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