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Les frimas sont
là. Le chat a dégagé de la place qu'il occupait
à la suite d'un pari malheureux (voir notre dernier numéro)
et a retrouvé sa place habituelle près du feu. Solidement
calé le cocktail à la main (Drunk Bizoo : une part
de rhum blanc, parts égales de jus de pêche, orange,
pomme, framboise, litchi, fruit de la passion le tout mixé
avec de la glace) nous voici rétabli en nos prérogatives
de maître de maison sagace et un rien blagueur. Le chat va
prendre un coup de tisonnier pour solde de tout compte. Mais avant,
quelques livres...
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| L'affaire
Jane Eyre
de Jasper Fforde |
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Faisons semblant
de croire quelques heures que la littérature et les arts
règnent sur le monde. Que des distributeurs automatiques
de citations de Shakespeare pullulent aux coins des rues. Que des
questions fondamentales comme " qui a écrit les heures
de Shakespeare ? " déchaînent les passions. Que
les baconiens n'hésitent pas à en venir aux poings
pour défendre leurs positions face aux johnsoniens. A tel
point que le gouvernement anglais a dû créer une brigade
spéciale de police spécialisée en littérature.
L'héroïne Thursday Next fait partie de ces LittéraTecs.
Elle est la seule personne qui puisse reconnaître l'ennemi
public n°1, Acheron Adès. Celui-ci en effet n'impressionne
ni les pellicules, ni les caméras de surveillance ! C'est
dans ce monde délirant, où le Pays de Galles est indépendant
et en guerre froide avec l'Angleterre, où la guerre de Crimée
n'est toujours pas finie, qu'Achéron Adès trouve le
moyen de kidnapper des personnages de romans et de réclamer
d'énormes rançons
Ce livre est le genre de surprises
qu'on ne cherche plus tant elles sont rares. Une originalité
délirante, des trouvailles à chaque page, un univers
parallèle doté de sa propre réalité.
Il paraît qu'il y a une suite aux aventures de Thursday Next,
je cours l'acheter.
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| LN |
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| Les
Scorpions du Désert - Le chemin de fièvre
de Pierre Wazem |
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Il était
difficile de concevoir qu'un auteur de bandes dessinées reprendrait
les personnages créés par Hugo Pratt même s'il
l'avait lui-même souhaité. L'univers de Pratt est si
dense et si remarquable qu'on voyait mal qui aurait l'envergure
nécessaire à sa continuation. Avec la caution de Patricia
Zanotti (gardienne officielle du temple) et de Jean-Claude Guilbert
(photo à l'appui !), ami de Pratt et compagnon de nombre
de ses aventures éthiopiennes (même si on devine qu'au
départ il était prévu une collaboration Wazem-Guilbert
qui n'a pas eu lieu), c'est donc Pierre Wazem qui s'y est essayé
et on ne peut que rendre hommage à ce certain courage.
La BD en elle-même n'est pas géniale : elle contient
un peu trop de tous les éléments forts de l'univers
prattien pour être crédible, je dirai même qu'elle
est un peu trop "Corto Maltesienne" pour un opus des Scorpions
du Désert... Casterman aurait dû interdire dans le
contrat de Wazem toute discussion sous la une à Venise.
Mais je ne veux pas faire la fine bouche, Wazem a prouvé
qu'on pouvait s'approprier les personnages de Pratt et j'espère
qu'il aura l'occasion de continuer ce travail en trouvant une histoire
plus juste et plus personnelle pour la suite.
Et Corto ? Qui va s'atteler à continuer Corto Maltese ? Casterman
et Zanotti ont particulièrement bien joué à
mon avis en commençant les continuations de l'oeuvre de Pratt
par les Scorpions peut-être moins "exposés"
que Corto : ce tome des aventures de Koïnski a le mérite
de réouvrir tous les possibles.
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| EM |
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| Brooklyn
Follies
de Paul Auster |
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Est-il plus
difficile d'écrire sur le bonheur que sur la déchéance,
se demande-t-on à la lecture du dernier roman de Paul Auster.
Auster a du mal à décrire le bonheur. Sous sa plume,
l'espoir semble presque niais.
Il nous a habitués à des personnages qui poursuivent
des chimères (Anna Blum), qui se clochardisent (Cité
de Verre, Moon Palace), il a créé de toutes
pièces un univers personnel composé essentiellement
d'un vertigineux sentiment de solitude (celle de l'écrivain
face à sa feuille), de lentes descentes aux enfers de la
société (les sans-abri), de la sensation de faim (qu'il
a connue durant ses premières années de galère
littéraire). Et on s'y est fait. A la lecture d'un roman
d'Auster, on pressent que les joies ne sont que provisoires, que
le sort va encore s'acharner sur celui qui sera le moins apte à
lui faire face, que l'histoire et les personnages finiront par se
dissoudre dans le néant de leur existence.
Alors, à chaque fois que l'on tourne une page de Brooklyn
Follies, on s'attend au pire. On s'imagine qu'il y a derrière
la page un monstre prêt à se ruer sur Tom ou Nathan.
On se dit, Non, ça ne va pas durer ! On lit alors plus fébrilement,
on a presque envie de sauter des lignes pour que cesse la souffrance
de l'ignorance, pour savoir au plus vite quelle catastrophe va les
engloutir. Comme saisi de vertige, on a envie de sauter plutôt
que de continuer à espérer. Le bonheur est si fragile,
si miraculeux, instable. On en prend conscience, on commence à
se sentir soi-même chanceux, redevable (à qui ?) de
n'être pas malheureux.
Seul un grand romancier peut réaliser ce triste miracle :
nous rendre anxieux devant un tableau bucolique. Parce qu'il a préparé
le terrain, lentement, livre après livre. Brooklyn Follies
serait-il un chef d'uvre sans le contexte des romans antérieurs
d'Auster ? Impossible à juger, c'est trop tard pour moi,
je les avais déjà tous lus
Qu'un lecteur tente
l'expérience : découvrir Auster via Brooklyn Follies,
vierge de tout repère. Quant aux autres, ceux qui savent
et ne peuvent oublier Anna Blum, qu'ils relisent la trilogie New-Yorkaise,
qu'ils oublient mon petit article, et qu'ils tremblent en lisant
Brooklyn Follies
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| LN |
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| Globalia
de Jean-Christophe Rufin |
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Globalia est
le nom de la démocratie universelle gouvernant la Terre,
dans un futur proche -un ou deux siècles, la chose est volontairement
laissée dans le vague-. Cette démocratie, idéale
en apparence, présente en réalité de graves
défauts: la standardisation, la pression consummériste,
la propagande publicitaire, ont enfermé le citoyen dans des
modèles comportementaux dont il ne peut s'écarter
sous peine d'être mis en marge. La liberté n'y est
qu'apparente: la presse est aux mains de puissants anonymes qui
s'en servent pour manipuler l'opinion, de larges étendues
(les "non-zones") sont laissées à l'écart
de la prospérité et la population y est retournée
à un état pré-technologique, l'environnement
physique a été stérilisé, sécurisé,
les citoyens vivent sous d'énormes bulles de verre dont il
est interdit de s'échapper, etc...
De ce "meilleur des mondes" Baïkal Smith, jeune homme
de vingt ans, cherche à s'échapper. Il entraîne
à sa suite Kate, sa dernière conquête. Leur
tentative se solde bientôt par un échec. Au dernier
moment Kate recule devant l'aventure, laisse Baïkal en plan
et s'en retourne vers Globalia. Baïkal est très vite
repris puis présenté à Altman, vieillard mystérieux
dont on comprend rapidement qu'il est de ceux tirant les ficelles
dans l'ombre de la démocratie. En quête d'un nouvel
Ennemi Public à jeter en pâture à la presse
et aux globaliens, Altman décide d'utiliser Baïkal,
en retournant son désir de liberté en révolte
contre le système. L'Ennemi public est, explique-t-il, la
garantie de stabilité au sein de Globalia. Baïkal n'a
pas le choix. Il se retrouve livré à lui-même,
abandonné au coeur des "non-zones".
Mais dans Globalia, Kate s'inquiète de son sort. Elle fait
la connaissance de Puig, journaliste écarté de la
société pour avoir fourré son nez où
il ne fallait pas. Ensemble ils se lancent sur les traces de Baïkal,
et pénètrent toujours plus loin dans les milieux interlopes
qui, à l'intérieur de la démocratie, commercent
avec les non-zones. Mais à peine sont-ils parvenus à
leurs fins qu'on les découvre victimes d'une machination,
ourdie par le même Altman, afin de démasquer parmi
la poignée de puissants se partageant le pouvoir un traître
qui se dissimulait derrière Walden, une association de bibliophiles,
quasi clandestine quoique légale. Le traître est finalement
démasqué, Baïkal, Kate et Puig restent dans les
non-zones où ils vivent heureux en ayant beaucoup d'enfants.
Si ce résumé
vous paraît confus, n'en blâmez personne d'autre que
Rufin. Globalia, vous l'aurez peut-être compris, est
un roman à thèse. Or, le roman à thèse,
proche de la fable, est un exercice périlleux dont seuls
de très grands noms (Diderot, Voltaire) se sont tirés
sans trop de dommage. Las, Rufin n'est pas Diderot. Les défauts
de son livre sont trop nombreux pour être présentés
ici en détail: style maladroit, détails contradictoires,
thèse peu claire, problématique mal dégagée
(je garderai un silence pudique sur les éléments les
plus embarrassants, comme la tribu des Fraiseur dans les non-zones,
ou le costume de mousquetaire arboré par Puig le journaliste)...
On pourrait excuser l'auteur en avançant qu'il n'est pas
un familier de la science-fiction. Cet argument a été
souvent utilisé par la critique trop indulgente. Toutefois,
même s'il tenait debout, là n'est pas le plus grave.
Ce qui fait de Globalia un mauvais roman vient de l'incohérence
des personnages. Dans les premières pages, l'histoire entre
Baïkal et Kate nous est présentée comme un échec.
Vingt pages plus loin, on les retrouve amoureux pour la vie, sans
qu'aucun changement dans leurs situations vienne justifier ce brusque
revirement. Puig, totalement étranger à leur histoire,
prend néanmoins fait et cause pour eux et risque sa vie pour
les sauver. L'alliance abracadabrante entre les trois jeunes devient
soudain le moteur de l'intrigue. Dotée d'un pareil moteur,
celle-ci se met à boîter furieusement. Qu'à
cela ne tienne, Rufin n'en a nul besoin pour avancer: il a déjà
une thèse. Il se met donc à tirer son histoire vers
une fin préprogrammée. Au bout de 450 pages laborieuses,
celle-ci vient s'écraser sur un dénouement hâtif
avec la grâce et la précision d'un charter à
court de carburant. Le dernier chapitre et l'épilogue lui-même
sont consacrés à un déballage précipité
d'informations pourtant essentielles. Il faut dire que jusqu'à
présent, trop occupé à tenir à bout
de bras une structure branlante, bringuebalante, mal soudée,
menacée à chaque ligne de complète dislocation,
Rufin n'a jamais trouvé le temps de les livrer.
Nous avons tous,
dans notre entourage, une personne dont la particularité
est de ne pas savoir raconter les histoires. En trois phrases à
la syntaxe hésitante, ponctuées de "euh...",
de "Comment ça marche, déjà..." et
de "non, attends, en fait c'est pas ça, c'est le premier
gars qui dit...", il nous livre une chute sans queue ni tête
avant de lever les bras au ciel et de s'écrier, dans le silence
consterné qui suit son intervention: "Ah mais non! En
fait c'est pas un crocodile qu'il trimbale en laisse, c'est une
brosse à dents !..." Dans Globalia, Rufin semble
frappé de la même inaptitude. Le roman lui-même
n'aurait rencontré aucun succès si l'auteur n'avait
été auparavant récompensé par trois
prix littéraires majeurs. Ironie suprême : Rufin se
révèle comme la parfaite illustration de ce qu'il
cherchait à dénoncer : une imposture médiatique.
Ouvrage bien
médiocre, Globalia est loin, très loin, du
Ubik de Philip K Dick ou des Dépossédés
d'Ursula Le Guin. La science-fiction est peut-être de la littérature
de genre, elle n'en réclame pas moins une certaine maîtrise.
Dans ses portraits hâtifs et incohérents, dans le développement
de son intrigue, dans la présentation de son univers ou dans
la qualité de sa langue, Jean-Christophe Rufin n'en a montré
aucune.
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| FXS |
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| L'Algébriste
de Iain M. Banks |
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Nous sommes
en 2043 et, si l'homme a conquis les étoiles, il n'est pas
vraiment parvenu à se débarrasser de ses traits de
caractère les plus charmants. Le dernier roman de Iain Banks
prend place à la fin de ce qui semble avoir été
une trop courte période de paix et au début d'une
nouvelle guerre de religion sanglante. Les quelques allusions que
Banks fait au passé de la race humaine ne nous parlent que
de guerres et de génocides divers, rebellions, indépendances
ou réunifications, et la guerre contre les machines intelligentes.
The Algebraist ne fait donc pas partie du cycle de la Culture,
cette société intergalactique, hédoniste et
bienfaisante, qui constituait l'arrière-plan de la plupart
de ses romans d'anticipation. Cela pourra poser un problème
aux lecteurs les plus enthousiastes de Banks qui comme moi passeront
sans doute une partie de leur temps à chercher des indices
de la présence de celle-ci ou peut-être simplement
à espérer que, soudainement, un grand vaisseau au
nom improbable se révèle au détour d'un soleil
pour mettre fin aux massacres.
(Ce roman pourtant répond par défaut à une
question que les fans de Banks - du moins ceux qui n'ont pas lu
State of the Art - avaient pu se poser : la Culture n'est
pas une société humaine, nous ne pouvons pas vraiment
espérer atteindre un tel degré de civilisation.)
The Algebraist est l'histoire d'une quête. Fassin Taak
est un Slow Seer, un spécialiste des Dwellers, une civilisation
extra-terrestre mystérieuse presque aussi ancienne que l'univers
dont les membres se retrouvent au sein de toutes les géantes
gazeuses (pensez : Jupiter) de la galaxie. La quête de Taak
est simple en apparence, la toute dernière aberration du
caractère humain, Luseferous, et la guerre de religion qu'il
a fomentée, se dirigent vers le système de Ulubis.
Un seul espoir pour empêcher un massacre autrement inévitable
: mettre la main sur le système de transport interstellaire
instantané que les Dwellers sont censés posséder.
D'une façon plus générale, ce système
apparaît comme le seul espoir de toute la race humaine qui,
divisée comme elle l'est à présent, ne semble
pas avoir d'autre future qu'une suite sans fin de guerres de sécession
et de réunification. Le problème est que Les Dwellers
ne sont pas vraiment coopératifs : plus interessés
par les chasses rituelles de leurs rejetons, leurs courses de vaisseaux
antiques ou le déroulement de leurs guerres curieusement
ludiques et formelles que par la survie de la race humaine. Ce qui
est compréhensible après tout, quand votre espérance
de vie se situe aux alentours du milliard d'années vous avez
tendance à ne pas trop accorder d'importance aux créatures
qui naissent, se reproduisent et tombent comme des mouches autour
de vous!
La quête de Fassin Taak occasionnera alors des découvertes
surprenantes : il devra remettre en cause beaucoup de ce qu'il croyait
certain, au sujet des Dwellers bien sur mais aussi de l'histoire
de la civilisation humaine.
Mettons-nous d'accord d'emblée : Iain Banks est toujours
excellent. Certains de ses romans -surtout parmi ceux qui ne se
rattachent pas à la SF- sont parfois moins excellents que
d'autres mais même Dead Air ou Le Business seraient
considérés comme des succès s'ils avaient été
écrits par un auteur différent. D'autres, comme Use
of Weapons ou Against a Dark Background resteront parmi
les classiques du genre et The Algebraist fait sans aucun
doute parti des meilleurs. Il contient tout ce qui a fait le succès
de Banks, son sens de l'humour un peu surprenant et souvent cruel,
sa capacité d'inventer des personnages ou même des
civilisations entières qui demeurent longtemps dans l'esprit
du lecteur, le réalisme et le rythme de ses scènes
d'action, sa maîtrise des procédés narratifs
qui lui permettent de mettre en place le cadre entier de son histoire
sans jamais ni trop désorienter le lecteur, ni le faire bailler
par de trop longues scènes d'exposition (pensez respectivement
à L'Espace de la révélation ou Le
Samouraï virtuel, deux romans pourtant excellents sous
bien des rapports) et son amour des retournements de situation,
de ces révélations finales où tout d'un coup
nous comprenons que nous n'avions rien compris.
C'est un univers complexe et fascinant que celui que Banks met ici
en place et beaucoup de questions demeurent sans réponse
à la fin du roman ; si cela veut dire que l'auteur a plus
ou moins définitivement abandonné l'univers de la
Culture pour celui de la Mercatoria, il n'est pas sur que ses lecteurs
aient rien perdu au change.
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| AS |
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| Je
m'en vais
de Jean Echenoz |
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Quelques jours
avant de mourir, l'assistant du personnage central (marchand d'art
dont l'affaire périclite) le met sur la piste de pièces
très rares enfouies dans les cales d'un navire échoué
sur la banquise depuis 40 ans. Il part en expédition, et
finit par ramener le trésor. Le soir même, quelqu'un
pénètre dans l'atelier et le lui dérobe.
Très rapidement, la police localise le coupable. Pour des
raisons qui ne vont pas tarder à apparaître, l'inspecteur
chargé de l'enquête lance le personnage central sur
ses traces. Une surprise attend en effet ce dernier. Il revient
avec le trésor, en tire beaucoup d'argent. Sa vie change
: appartement somptueux, vêtements élégants,
nouvelle femme. Mais change-t-elle vraiment ?
Faire un résumé
de Je m'en vais est sans doute la pire façon d'en
parler. L'histoire est cohérente et pourrait servir de synopsis
à beaucoup de films d'action. Les personnages sont des gens
ordinaires vivant chacun un peu enfermés dans leur milieu
professionnel. Leur base de communication est souvent étroite.
Ainsi l'expédition dans le Grand Nord est décrite
par le prisme d'un parisien d'une cinquantaine d'années n'ayant
que peu de goût et d'expérience pour l'aventure. Ce
même parisien finit par entretenir avec le jeune enquêteur
une relation plutôt taciturne quoique pleine d'estime réciproque.
Les personnages d'Echenoz sont condamnés à cette solitude
qui est notre lot à tous. Jamais pourtant le livre ne verse
dans le pathos. Tout le talent d'Echenoz tient dans la distance
qu'il parvient à mettre dans son écriture. Restant
prudemment à côté de son histoire et de ses
personnages, se permettant parfois une intervention critique ("Il
faut bien dire ce qui est : Baumgartner m'ennuie"), il joue
avec son livre. Il se refuse à l'introspection, préférant
une écriture plus objective. Elle n'est pas neutre pour autant.
Echenoz manie l'ironie avec une gaîté légère
qui n'est pas sans rappeler celle des meilleurs ouvrages d'Amélie
Nothomb. Il s'est choisi la position d'un auteur-narrateur qui serait
omnipotent, mais pas omniscient. Ceci lui offre une liberté
dont il use avec parcimonie, mais toujours en s'amusant. C'est tant
mieux pour moi. Ce plaisir d'écrire, absent de tant de romans
français dont je viens de terminer la lecture (voir la Pile
de Bouquins pour plus de détails) produit de véritables
pépites qui me consolent de bien des désappointements.
A croire qu'en littérature, l'or ne se cache pas dans le
sable, mais dans la merde. Et plus celle-ci est profonde, plus précieuses
sont les pépites.
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| FXS |
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