Chez Toi ou chez moi ? Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
"Nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort,
Nous nous vîmes trois mille pour louer le studio"
 

"A louer nid à rats mal situé, 700 euros, références sérieuses exigées"

Bon Dieu, mais une affaire pareille, ça ne se rate pas ! Ca fait des mois que tu dors sur le canapé de ton frère ou sur le lit de camp de tata Simone à Rambouillet, mais bon un studio à moins de 350 euros le mètre carré à Paris, c'est donné ! En plus tu es allé acheter PAP à 6 heures du matin (avec 5 gros croissants dodus et juteux - excusez-moi, j'écris ce texte un dimanche matin et j'essaie d'influencer ma chère et tendre par télépathie) donc tu es sans doute le seul sur le coup et au lieu de préparer le petit déjeuner (hum) avant de faire le ménage, la vaisselle et les courses (hum hum) pour être gentil avec tata Simone, tu vas aller visiter ce studio et tu vas le louer, crénom ! A toi l'indépendance et le charme de la vie sous les toits, finis la galère et les conseils de tata Simone sur le repassage des slips, fini le frangin monomaniaque qui joue tous les matins "Belle-Ile-en-mer" à la guitare avant d'aller bosser. Un seul problème : en ce moment à Paris comme ailleurs sauf dans les Ardennes le marché locatif est plutôt concurrentiel et il vaut mieux être le PDG de l'Oréal (avec en plus des parents très riches) pour louer le moindre placard à balais boueux. Ah ah ! Pas de stress coquinou, KaFkaïens est là pour t'aider ; en effet, toute l'équipe vit dans de somptueux lofts avec vue sur la Seine, la Tamise ou l'Adour pour les plus vicieux, ce n'est que maison avec jardin dans le premier arrondissement et duplex de charme en haut de l'Arc de Triomphe pour des loyers dérisoires et cautions modiques, tout ça grâce à notre méthode infaillible pour séduire les propriétaires que nous allons t'expliquer parce qu'on est super sympa.
Comment ? Tu vis avec ton ami le RMI et tes parents (indispensables pour la caution) sont en fuite en Argentine après une sordide histoire de détournement de fonds pendant la construction de l'orphelinat de la Police ? Pas grave ! Ta dernière fiche de paie date de 1984 et porte cette mention "pour les 13 ans de mon neveu, voici 50 francs, bises, tata Simone" ? Pareil que moi ! Et tes références sont fournies par la Préfecture de Police et les Hôpitaux de Paris ? C'est du tout cuit, on te dit ! En route, on va aller louer ce gourbi les doigts dans le nez !

Tu sors de la station de métro Chantal Goya sur la ligne 12, rue des Taudis à droite, tu entres dans la cour de l'immeuble en écartant les miséreux qui se pressent autour de toi pour quémander quelques piécettes, et là première surprise, il est 7 heures du matin mais la queue des prétendants commence en bas de l'escalier et se termine devant la porte d'entrée, sept étages plus haut. Dans la file, tu aperçois un académicien, trois généraux, le Ministre du Logement (on fais moins le malin, hein, connard ?), le PDG de l'Oréal (avec ses parents), un évêque et un polytechnicien en tenue de parade, ce qui est toujours très amusant. Bref, y'a de la concurrence, ça tombe bien, on adore ça. Bon, étant donné que le propriétaire avait fixé le rendez-vous à 10h, autant la jouer en force : tu prends un air décidé et tu montes jusqu'au studio en jouant avec les clefs de tata Simone, tout le monde te prendra pour le légitime propriétaire, à toi de repousser les avances des locataires en puissance prêts à tout et c'est pas toujours facile. Arrivé en haut, tu brailles " c'est loué !" et tu contemples le doux spectacle des rats dépités quittant le navire (c'est une métaphore : je parle de tes concurrents, les vrais rats eux sont resté dans le nid à rats que tu t'apprêtes à louer). A partir de là, deux solutions : la manière forte (tu t'installes, tu fais changer les serrures et à chaque fois que le propriétaire vient sonner, tu prends un air compatissant en lui disant " mais oui, mon bon monsieur " jusqu'à ce qu'il te fasse expulser, ce qui peut prendre un peu de temps et d'ici là tu pourras dresser les rats à te défendre) et la méthode douce (tu attends le propriétaire l'air navré, tu lui expliques que tout le monde est parti en voyant les conditions abominables d'insalubrité de l'immeuble, tu jettes au hasard quelques blattes en plastique que tu désignes en faisant " tsss ", tu renégocies le loyer et à toi la belle vie ! Pas mal, non ?
Très vite, les conseils de base à apprendre par cœur avant de chercher un appartement :
1. les agents immobiliers ne sont pas tous des salauds, certains sont très gentils.
2. les propriétaires ne sont pas tous des Thénardiers, certains sont vraiment cools.
3. rien ne prouve que des canalisations en plomb soient réellement mauvaises pour la santé.
4. les blattes sont des insectes très propres et très intelligents qui se dressent très bien.
5. les charges ne sont pas comprises, elles sont incompréhensibles.
6. pouvoir cuisiner ses pâtes tout en se douchant est un avantage certain de la chambre de bonne.
7. rez-de-chaussée = cambriolage assuré
8. la caution égale à 28 mois de loyer est un usage raisonnable.
9. l'amiante est un excellent isolant.
10. chez tata Simone, c'est très bien aussi.

Voilà les gars, ravi d'avoir pu vous aider ! Et quand vous serez installé douillettement dans votre mansarde entouré de l'affection de vos rats et blattes domestiques (" Kiki ! Ici ! ") pour un loyer monstrueux, dites-vous bien " Ah, au moins KaFkaïens Magazine, c'est gratuit ! ".

 
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