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On monte chez moi par l'escalier de service d'un immeuble cossu du dix-septième arrondissement de Paris. Six étages, un couloir, à gauche les toilettes, quelques portes bleues, j'habite derrière la seconde, à droite des toilettes.
C'est une chambre qui est organisée en deux pièces : dans la première, tout de suite en entrant, se trouve l'évier de la cuisine qui est aussi le lavabo de la salle de bains. S'y côtoient ma brosse à dents, mon rasoir, un flacon de parfum et la vaisselle de la veille, posée à sécher sur un torchon. Au-dessus de l'évier, un miroir et le chauffe-eau et sur le mur une affiche d'Alechinsky. Dessous, un tiroir qui contient les couverts, mais aussi des éponges neuves, un pain de savon orange et des cotons-tiges. Plus bas, un frigo qui contient du beurre, des pots de confiture (abricot, reine-claude, framboise) et du fromage râpé. A côté du frigo, la lessive, les produits d'entretien, une trousse de toilettes remplie de médicaments aux différents usages. A gauche de l'évier, deux placards se superposent en ménageant un espace à hauteur de taille pour deux plaques chauffantes électriques de tailles différentes. Celui du haut est bourré de vaisselle et de cendriers, celui du bas contient un petit four électrique lui aussi, des pâtes, du riz, de l'huile d'olive, de la purée déshydratée, quelques boîtes de conserve, dont deux de thon à l'huile, et une bouteille d'Aquavit. Sur le mur en face de l'évier, trois patères où sont accrochés trois blousons et au sol le carton d'emballage de l'unité centrale de mon ordinateur, sur lequel sont posés deux écharpes et un bonnet. L'ensemble de cette cuisine-salle de bains mesure deux mètres carrés au sol.
La pièce principale : le sol est un plancher recouvert d'une natte en fibre végétale. Les murs sont blancs, à l'exception d'une affiche de la Sécession viennoise coincée entre la penderie et la douche et de la marque, au-dessus du lit, d'une carte du Sud-Ouest de l'Angleterre restée longtemps punaisée, puis ôtée sans remord. Tout de suite à main gauche en pénétrant cet espace de huit mètres carrés, deux serviettes de bain sont suspendues sur des patères et dans le coin gauche, la douche (shampoing, gel douche). Sous les tableaux, trois cadres sont posés au sol : un dessin d'Hugo Pratt, une photographie de Säudek (les deux sont des reproductions) et une toile de ma maman. Sur le côté gauche de la douche, une pile de cinq boîtes à chaussures de différentes marques contenant quatre paires de chaussures et neuf ans de talons de chéquiers et de menus objets. Sur la boîte la plus haute de la pile sont posées mes chaussures de handball. Devant ces boîtes, un sac contient une boîte blanche contenant elle-même un peignoir bleu. Sur ce sac, un sac de couchage. A gauche de la douche, sur le mur de droite en entrant, une étagère de bois brut dispense une penderie (manteaux, chemises et pantalons) et sept boîtes en carton bleu ciel, chacune remisée dans un espace prévu à cet effet et contenant le reste de mes vêtements. Devant cette armoire, une huitième boîte sert de panier à linge sale. Sont posées sur cette huitième boîte plusieurs strates de linge et de vêtements à disposition immédiate. Au sol, mes chaussures, ou mes pantoufles, selon le moment de la journée. En face de cette étagère, sur le mur de gauche en entrant, une bibliothèque de bois et plastique noir, composée de quatre larges espaces centraux et de huit plus petits, quatre de chaque côté et d'une surface plane sur le dessus à un peu plus d'un mètre soixante-dix. Dans l'espace du bas à gauche, quasiment au sol, des chemises cartonnées rouges, oranges et vertes contenant des cours d'histoire, de sociologie, d'économie et de latin. Au centre, des classeurs noirs, beiges et gris : la littérature, la philosophie, de la sociologie à nouveau et les archives de KaFkaïens. A droite de cette rangée du bas, des bandes dessinées et l'annuaire. Au premier étage à droite, des chemises remplies de documents administratifs, du papier à lettres et des enveloppes de différents formats. Au centre, une centaine de livres de tous les styles mais de petit format. A gauche, des dictionnaires (langues française et latine) , quelques cahiers et des bandes dessinées. Au second étage, à gauche, une pile de livres à vendre, une bouteille d'eau de Cologne à utiliser en friction et un plat en terre cuite ramené d'Argentine et contenant des pierres ramassées un peu partout et n'ayant de valeur que dans les souvenirs qu'elles évoquent, ainsi qu'un pipe en bambou et terre cuite achetée à Madrid. Au centre, une soixantaine de livres, traitant principalement des sciences humaines et de littérature ainsi qu'un pingouin en peluche. A droite, des boîtes de CD-Rom, quelques carnets, des allumettes, une boîte contenant des pièces de monnaie de plusieurs pays du globe, mon portefeuille et deux sphères de marbre vert dans un vague écrin recouvert de tissu rose. Troisième étage à droite, un poste de radio-lecteur de CD, un canard en plastique, une boîte à pilule en terre cuite verte ornée d'une grenouille portant la mention "Dried Frog Pills", un petit pot octogonal de baume du tigre, quelques lettres. Au centre, une soixantaine de livres moyen et grand formats : sciences humaines, littérature et arts. Plusieurs pinceaux sont posés à même les livres. A gauche, un teckel vide-poches en verre contenant des colliers en coquillages venus du Pacifique, des cordelettes tressées ramenées du Pérou, un cadre et un dessin venant du Viêt-Nam, un bateau réalisé en coquillages collés sur du carton peint offert par ma filleule, une tête en bronze offerte par mon frère, quelques animaux de crèche boliviens (dont un âne, un mouton et un lama) plus un porcelet portugais, cadeau de ma maman, une pile de cartes de visite servant de marque-pages et pour finir une tortue totémique en pierre acquise sur l'Ile de Pâques. Sur le dessus du meuble, un cadre et un dessin de deux teckels, un plat en bois, un sac en plastique contenant les débris d'un plat en faïence brisé par mes soins chez mon frère et en attente d'une hypothétique réparation. Cinq livres grand format, deux albums Panini, plusieurs numéros de Midi Olympique, une dizaine de livres et les cinq empruntés à la bibliothèque de mon quartier. Enfin un classeur pour CD contenant soixante CD originaux de diverses musiques et une vingtaine de CD-Roms contenant mes archives informatiques. Sous ce classeur, des enveloppes grand format contenant des radiographies de ma cheville gauche et de mes mâchoires.
Sur le mur de droite en rentrant dans cette pièce principale, à côté d la bibliothèque et jusqu'au mur du fond, mon bureau, une planche blanche posée sur deux tréteaux noirs. Sur ce bureau, en partant de la gauche, un bougeoir noir ramenée d'Argentine, un démon vietnamien gravé sur un cube de bois, plusieurs dossiers, un chéquier, une carte orange, une cassette vidéo et un livre en cours, l'écran, le clavier et la souris de mon ordinateur, un cahier, ma montre, deux CD-Rom, deux agendas, une lettre que je ne posterai jamais, une boîte en métal contenant plusieurs stylos, un cutter et une paire de ciseaux, une montre à gousset, une boîte de cartouches d'encre noire, deux galets ramassés je ne sais où, une chevalière en métal doré trouvé dans le métro et gravé "GM", une bague en argent constellé d'étoiles à la Cocteau et une médaille en métal doré représentant un handballeur en extension au-dessus de la France. Au sol, sous le bureau, l'unité centrale de l'ordinateur. Sur le mur du fond, une fenêtre encastrée donnant sur la Tour Eiffel, avec un store bleu. Sous la fenêtre un petit meuble cubique en osier contenant mon carnet de santé, une centaine de photos et de lettres et un bric-à-brac improbable. Sur ce meuble, un téléphone-fax et un réveil à affichage à cristaux liquides rouges. Sur le mur de gauche, en face du bureau, mon lit, sur lequel je suis assis. Sous le lit, plusieurs cartons remplis de tout ce qui ne m'est pas immédiatement utile et plusieurs tissus sud-américains. Entre l'armoire et le lit, plusieurs tubes en plastique et carton contiennent des cartes marines d'océans et de mers que je n'ai jamais vus. Sur le lit, une couette bleue et blanche, un poncho blanc et gris et une couverture en polaire bleue, ainsi que deux oreillers. Au-dessus du lit, sur le mur, une carte récemment enlevée a laissé une marque sur le mur blanc. Entre le bureau et le lit, un tabouret de tissu bleu (en fait une chaise dont j'ai cassé le dossier) sur lequel sont posé mes cigarettes, un cendrier, un briquet, le capuchon du stylo-plume avec lequel j'écris et le livre que je lisais avant d'avoir l'idée d'écrire ce texte. Il est 3h et 37 minutes, j'ai 29 ans.
 
EM
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