Obscène Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
 

Je te vois.

Tu es obscène, réel, brillant de mille feux truqués cousus sur ton habit.
Tu es un imbécile qui n'a pas eu le choix.

Tu es issu d'un monde où la virilité est chose que l'on montre moulée du coté gauche ou droit.
Tu es issu d'un monde où la virilité se porte en bandoulière dans le courage absurde.
Tu es issu d'un monde où l'on veut célébrer la vie en donnant la mort, étrangement.

Ton courage est vanté mais les jeux sont truqués : le taureau a les cornes limés, le corps refendu pour n'être que souffrance, un animal comme toi qui a souffert de la pique pour que son sang perdu ne tâche que l'arène.
Tu es issu d'un monde où l'animal est à la disposition de l'homme : peut importe qu'il soit tué, l'estropié, torturé. Le taureau noir terrorisé n'est sur terre que pour ça.
Tu as peur dans l'arène car on ne sait jamais ; mais ça ne compte pas. Le taureau a peur lui aussi, mais vous n'êtes pas vraiment seul face à face. Tu as pour toi un péon zélé qui manie le couteau, un picador boucher qui manie une lance acérée.
Tu as pour toi cette intelligence qui combat cet instinct de peur qui te pousse à détaler. Cette intelligence et ces autres bouchers avant toi, sans qui tu ne pourrais pas faire semblant d'affronter le taureau alors que tu ne fais que l'éviter et le toucher seulement quand il est au bout du souffle de ses poumons noyés de sang.

Tu as eu peur avant, dans la chambre d'hôtel miteuse, quand tu as enfilé ton costume moulant de super-héros dérisoire, pour le contentement d'un public qui ne sait pas comment se fouetter le sang et surtout pour les gros sous de quelques organisateurs complices.
Tu vends ta peur pour de l'argent ; tu sais que tout ce qu'ils veulent réellement voir est le moment où par hasard le taureau tournera sa tête du mauvais coté - une goutte de sang dans l'œil opposé- et plantera sa corne meurtrie dans ta jambe, près de cette virilité fièrement apparente.

Obscénité : un pauvre esclave qui travestit sa peur sous le déguisement d'une virilité stupide de mâle dominant, et s'en va dans la musique et la lumière tuer des bêtes estropiées et folles de douleurs pour le plaisir indéfini d'une poignée d'autres primates grégaires.

Obscénité : je laisse torturer ces bestioles pour faire comme les autres, parce que paraître dans ces arènes vous pose un homme, même s'il ne faut pas blêmir de la boucherie qui se déroule en bas, sur le sable jaune.

Obscénité : les toreros sont de pauvres types. Les organisateurs des requins. Le public des pervers ou des lâches.

 
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