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Je te vois.
Tu es obscène,
réel, brillant de mille feux truqués cousus sur ton
habit.
Tu es un imbécile qui n'a pas eu le choix.
Tu es issu d'un
monde où la virilité est chose que l'on montre moulée
du coté gauche ou droit.
Tu es issu d'un monde où la virilité se porte en bandoulière
dans le courage absurde.
Tu es issu d'un monde où l'on veut célébrer
la vie en donnant la mort, étrangement.
Ton courage
est vanté mais les jeux sont truqués : le taureau
a les cornes limés, le corps refendu pour n'être que
souffrance, un animal comme toi qui a souffert de la pique pour
que son sang perdu ne tâche que l'arène.
Tu es issu d'un monde où l'animal est à la disposition
de l'homme : peut importe qu'il soit tué, l'estropié,
torturé. Le taureau noir terrorisé n'est sur terre
que pour ça.
Tu as peur dans l'arène car on ne sait jamais ; mais ça
ne compte pas. Le taureau a peur lui aussi, mais vous n'êtes
pas vraiment seul face à face. Tu as pour toi un péon
zélé qui manie le couteau, un picador boucher qui
manie une lance acérée.Tu
as pour toi cette intelligence qui combat cet instinct de peur qui
te pousse à détaler. Cette intelligence et ces autres
bouchers avant toi, sans qui tu ne pourrais pas faire semblant d'affronter
le taureau alors que tu ne fais que l'éviter et le toucher
seulement quand il est au bout du souffle de ses poumons noyés
de sang.
Tu as eu peur
avant, dans la chambre d'hôtel miteuse, quand tu as enfilé
ton costume moulant de super-héros dérisoire, pour
le contentement d'un public qui ne sait pas comment se fouetter
le sang et surtout pour les gros sous de quelques organisateurs
complices.
Tu vends
ta peur pour de l'argent ; tu sais que tout ce qu'ils veulent réellement
voir est le moment où par hasard le taureau tournera sa tête
du mauvais coté - une goutte de sang dans l'il opposé-
et plantera sa corne meurtrie dans ta jambe, près de cette
virilité fièrement apparente.
Obscénité
: un pauvre esclave qui travestit sa peur sous le déguisement
d'une virilité stupide de mâle dominant, et s'en va
dans la musique et la lumière tuer des bêtes estropiées
et folles de douleurs pour le plaisir indéfini d'une poignée
d'autres primates grégaires.
Obscénité : je laisse torturer ces bestioles
pour faire comme les autres, parce que paraître dans ces arènes
vous pose un homme, même s'il ne faut pas blêmir de
la boucherie qui se déroule en bas, sur le sable jaune.
Obscénité : les toreros sont de pauvres types.
Les organisateurs des requins. Le public des pervers ou des lâches.
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