Confirmation de la foi Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Là, le soleil brille, blesse au milieu de tout ce bleu, de tout ce vert. Tellement violent, on ne voit même plus que toute lumière vient de lui.
C'est dimanche matin, dans les odeurs d'herbe humide, de rosée, fleurs frissonnantes, tout son est un cristal qui vibre, celui du merle, ceux des étourneaux ou des mésanges, le bruit du vent qui entre par la fenêtre ouverte, cristal chargé d'herbe humide, à lui seul, aveuglant de soleil.
Dimanche matin. Jour de repos, repos sacré, ton jour, Seigneur ! et toute la maison en tremble de joie, d'excitation. En bas, dans la cuisine, le café brûlant, le pain brûlé, le lait qui monte… le bourdonnement des voix chéries, ces voix familières, ces voix qui enveloppent. C'est dimanche matin, il est plus doux de ne pas dormir, plus doux que jamais, ou que les autres jours.

Aujourd'hui Seigneur ! C'est pour toi ce lever. Pour toi ce pas devant l'autre et puis encore.

Pour toi ces odeurs du dehors. Et pour toi, la descente vers elles.

Le mariage de l'un avec la foule. L'union de l'enfant entrant dans sa famille. Aujourd'hui, on se prépare et c'est gai. On s'éclabousse d'eau, de pain, de rires. On s'en jette plein la tête, du soleil du matin, on se bombarde de cristal et c'est bon.

C'est ton jour, Seigneur. C'est toujours comme ça, au matin de ton jour.

Et puis il faut se rendre chez toi, pas qu'on se le dise… On y va insouciant, à l'Eglise, par des matins comme ça. C'est plus pour le déplacement, on est pimpant et neuf, on babille, on produit du cristal et on s'en éclabousse. La route est fraîche, presque comme si elle était neuve. A peine usée. Sur elle flotte encore le parfum du soleil.
Ca galope, maintenant, par les fenêtres grandes ouvertes.

(On n'ira pas jusqu'au cœur du printemps. On restera, comme ça, flotter sur ses matins de cristal)

A la sortie, on sur-fusionnera. On se sur-unira. Famille dans la famille, plusieurs faisant Un au milieu d'autres Uns.
C'est la fusion qui est excitante aussi. C'est se perdre qui est excitant aussi.

Et à force de fusions, à force d'Uns plus grands se perdant dans l'Un, c'est peut-être ça t'atteindre, Seigneur. C'est peut-être ça ton jour, tes matins de cristal où les sons pleuvent en éclat, où les chants, gouttelettes, fondent et se reconstituent.
Et si c'est ça t'atteindre, si c'est ça être toi, alors…

Alors tu es attente, rire et excitation.

Alors tu es aventure, aventure ! Découverte, toujours nouveau et toujours franchissant : des terres inexplorées, des minutes uniques, des yeux bleus, frais, bleus comme on n'en avait jamais vu.
Et cette heure, qui sera toi, toi, plus encore toi que jamais, plus toi que personne Seigneur, cette heure d'Amérique n'est pas pour maintenant.

Maintenant, il faut entrer dans l'Eglise…

(Cette entrée… Cette entrée, Seigneur, c'est comme si tu étais mort.
Toi dehors si vivant, si rieur, les éclats de toi au réveil, les odeurs de toi au réveil, la violence et les rires de toi au réveil, toi te mêlant de tout, te mêlant à tout, te mêlant en nous… Toi jouant de nous, Seigneur, ton souffle dans nos cheveux, passant en courant, en criant, par la fenêtre ouverte, toi dont la vie emportait et disposait de nous

Toi dont la voix m'enlevait, Seigneur

Et voilà que je suis chez toi et que chez toi tu es mort.
Tu es mort, sans doute, sinon pourquoi tout ce noir ? Pourquoi tout ce froid ? Pourquoi, soudain, baisserais-je la voix, quand il n'y a pas deux minutes je riais avec toi ? Comme toi ? En toi ? Quand il n'y a pas deux minutes, dans ce matin de ton jour, tu tendais les bras et nos mains se touchaient ?
Sinon pourquoi ces fantômes, Seigneur, figés sur les murs de ta maison, se faisant face, ce sourire triste sur leur visage, les yeux tournés vers le bas, vers nous, vers moi ? Pourquoi sinon pour dire

Celui que tu aimes n'est plus, il n'est plus ici, il n'est plus parmi toi, je pleure pour toi mon garçon, mais il est revenu parmi les siens, parmi les morts.
Il ne rit plus, ne peut plus rire, il est mort.
Il ne joue plus, ne gronde plus, ne porte plus, n'enlève plus. Il est ici, parmi les siens, parmi les morts.

D'ailleurs je peux te voir, toi aussi, accroché au mur. Par les mains et les pieds à ta sacrée croix. Faut-il le vouloir, Seigneur, une croix, une croix ! Quand dehors le soleil brille, quand dehors tout célèbre tellement tout, quand dehors le bois est vivant et qu'il chante… une croix, Seigneur ?

Ou alors es-tu devenu fou ? Est-ce pour ça que l'on murmure ? Est-ce pour ça que l'on se mure ? Est-ce pour ça que, tout soudain, je me suis senti si triste ?
A qui puis-je demander ? Il n'y a que des hommes en deuil, il n'y a que des figures penchées, il n'y a que des têtes cachant leur visage, il n'y a que des On. A qui puis-je demander ? Qui écoute encore ?
Et peut-être que si j'écoute, peut-être que si je tends l'oreille, je peux te demander à toi, Seigneur, bien vivant et rieur au dehors. Peut-être qu'en écoutant bien, je t'entendrai parler en dehors de chez toi ?
En haut de tes murs on a ouvert tes murs. Pourquoi a-t-on fait les fenêtres si hautes ? Et on les a recouvertes de bleu et de rouge et de jaune et de plomb. Le soleil entre à peine chez toi, Seigneur. Il frappe et il éclaire, mais il est bleu mais il est rouge mais il ne parvient pas à faire fondre le plomb.
Le soleil qui porte tes odeurs, le soleil qui éclaire tout, ici n'éclaire rien. Ici on fait brûler du bois mort pour cacher l'odeur de moisi.
Le vent entre à peine chez toi, comme un clandestin. Je l'entends chercher, siffler, un peu comme pour m'appeler, où es-tu, viens jouer, viens me donner tes cheveux et ton rire, viens que je t'emporte et que je te mêle, viens… Mais il n'y a nulle part, nulle porte ouverte pour lui chez toi, Seigneur. Tu grimaces, accroché sur ta croix et tu ne veux rien entendre. Il faut qu'il s'introduise, clandestin, par un trou dans le toit.
Et je te cherche, et je cherche des traces de ce que tu fus.

Il n'y a plus que sur le visage de On que je puis encore chercher, leur visage sérieux, fermé, comme celui de ma mère, comme ta maison, Seigneur, où n'entrent ni le soleil ni le vent.

Voilà des minutes, voilà des heures, des années que seul me parle On. Voilà des années que On m'enseigne.
J'ai tort car tu parles, Seigneur. Ainsi me dit-On. Mais moi je n'entends rien et je ne vois que des morts. Et si je suis seul, si seul face à On, alors peut-être que tu n'existes pas comme je crois, peut-être que je ne crois pas que tu existes, pas vraiment. Peut-être je crois que tu n'existes pas. Peut-être que je ne crois pas.

Si je suis seul, alors tu n'existes pas.)

 
FXS
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