| D'abord LE CROCODILE
vert aux yeux de rubis, qui se cache sous le lit des enfants et rôde
la nuit à travers la chambre, dont le sol devient liquide.
Le crocodile est énorme et froid, lent et mauvais, comme échappé
de la nuit des temps.
Ensuite l'IBIS,
LE HERON et LE FLAMANT ROSE, trois habitants merveilleux des lacs
exotiques, aux longues échasses, à l'élégance
paradoxale de vieilles marquises redevenues jeunes filles ; au plumage
d'opéra, divas farouches et douces qui habitent les marécages
et enchantent le ciel.
L'ELEPHANT GRIS
vient après. Je le vis un jour dans une cavalcade sauvage
traverser la plage d'Houlgate, soulevant des nuages oniriques de
puissance et de majesté.
Suit la troupe
vorace des grands fauves d'Afrique : LE LION, LA PANTHERE et le
TIGRE. Leur parfum puissant fait s'évanouir les femmes. On
croirait voir la lame d'un poignard ouvragé, prestement sorti
d'un fourreau de velours, comme une promesse sensuelle qui finirait
en sanglante dévoration.
Ferment le cortège
des animaux de la savane venus peupler mes rêves de verre
: LE ZEBRE et LA GIRAFE, animaux absurdes, absolument légitimes
pourtant, plus que d'autres, peut-être, car d'une beauté
aussi improbable qu'inutile, une beauté pure qui renvoie
au seul plaisir de la création. Au niveau de l'évolution
des espèces, sortes de cadavres exquis follement gracieux,
véritables repos de la raison.
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