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Après,
j'étais toujours sale. Je me lavais longtemps mais l'eau,
le savon n'étaient pas suffisants pour le sortir de moi.
Son odeur était sur moi, elle restait incrustée dans
ma peau. Les autres devaient la sentir. Ça, c'était
mon obsession : les gens comme des chiens, avec le regard allumé
par ces effluves sur moi. Je me figurais que j'étais un livre
ouvert sur lequel les passants même pouvaient lire en lettres
capitales l'histoire inavouable de mes amours.
Je me suis levée
au milieu de la nuit et je me suis habillée. Les paupières
engluées de sommeil, le corps las, le cur fou. Pendant
des heures, j'ai déambulé sur le boulevard. L'air
me faisait du bien. J'essayais de penser à autre chose mais
les images revenaient malgré mes efforts. J'étais
avec lui, il me touchait, il me touchait sur tout le corps. J'avais
l'impression de le sentir à nouveau mais le plaisir que j'avais
ressenti était remplacé par un écurement.
J'avais presque la sensation physique que ma peau pourrissait, qu'elle
prenait une consistance flasque, glauque, jusqu'à tomber
par lambeaux sur le sol et se mêler aux feuilles des platanes
et à la poussière de la rue, comme une lèpre
foudroyante qui allait entièrement me consumer. Je me mis
à courir, éperdue, et je perdis connaissance.
Quand je revins
à moi, j'étais étendue au milieu du trottoir.
Le boulevard était désert. Je me suis relevée,
j'ai regardé mes mains. Elles étaient intactes. Ce
n'était qu'un tour de mon imagination, de mon angoisse. Mais
pourtant, je sentais l'odeur, l'odeur si caractéristique
de celui à qui je m'étais donnée qui s'exhalait
de tout mon corps, et j'avais si honte, si honte, que je me suis
enfuie.
Je ne sors plus
de chez moi. Je me lave.
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