La Honte est l'ombre de l'amour Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
Shame is the shadow of love
P.J. Harvey, "Shame", in Uh huh her
 

Après, j'étais toujours sale. Je me lavais longtemps mais l'eau, le savon n'étaient pas suffisants pour le sortir de moi. Son odeur était sur moi, elle restait incrustée dans ma peau. Les autres devaient la sentir. Ça, c'était mon obsession : les gens comme des chiens, avec le regard allumé par ces effluves sur moi. Je me figurais que j'étais un livre ouvert sur lequel les passants même pouvaient lire en lettres capitales l'histoire inavouable de mes amours.

Je me suis levée au milieu de la nuit et je me suis habillée. Les paupières engluées de sommeil, le corps las, le cœur fou. Pendant des heures, j'ai déambulé sur le boulevard. L'air me faisait du bien. J'essayais de penser à autre chose mais les images revenaient malgré mes efforts. J'étais avec lui, il me touchait, il me touchait sur tout le corps. J'avais l'impression de le sentir à nouveau mais le plaisir que j'avais ressenti était remplacé par un écœurement. J'avais presque la sensation physique que ma peau pourrissait, qu'elle prenait une consistance flasque, glauque, jusqu'à tomber par lambeaux sur le sol et se mêler aux feuilles des platanes et à la poussière de la rue, comme une lèpre foudroyante qui allait entièrement me consumer. Je me mis à courir, éperdue, et je perdis connaissance.

Quand je revins à moi, j'étais étendue au milieu du trottoir. Le boulevard était désert. Je me suis relevée, j'ai regardé mes mains. Elles étaient intactes. Ce n'était qu'un tour de mon imagination, de mon angoisse. Mais pourtant, je sentais l'odeur, l'odeur si caractéristique de celui à qui je m'étais donnée qui s'exhalait de tout mon corps, et j'avais si honte, si honte, que je me suis enfuie.

Je ne sors plus de chez moi. Je me lave.

 
DH
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