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Tic, tac
Cerveau creux
les yeux en analyse…

Plus de jour plus de nuit, plus de fatigue hélas ! Rien que du blanc dans le noir, qui brille, qui se souvient, qui ne voit plus.
Des odeurs, des odeurs de cendre et des bruits électriques, guère plus que des grésillements, des bruits de cellule, un noir de cellule (un blanc de clinique), des sacs vides, les chaussures au placard, rien que de l'immobile.
Du rétrécissement, seconde après seconde, non pas que ça s'enferme, mais ça se réduit, comme du confortable, comme un blotissement. Seconde après seconde, dans l'oubli de toi, du monde, un espace de cellule, noir (un peu de blanc).
Et le grésillement s'est emparé de l'image. Volant au dessus du son, il a collé son corps de nuage sur les ombres plus sombres, sur les ombres plus claires (parfois même, sur le blanc).Tic-tac, quelque part, quelque chose hurle, mais ici, dans tout ce rétréci, ça n'est qu'un glissement : chair contre métal, bois contre le vent, un soulier verni sur le carreau trop blanc.

Lentement, tout s'est enfui. Il y a plus, toujours plus, toujours plus de solitude, on s'y enfonce jusqu'à mi-cuisse, et puis jusqu'à mi-torse, et puis on ne voit plus, et puis on n'entend plus mais on s'enfonce toujours. Sous la surface de boue on trouve un lac obscur et l'on s'enfonce, on s'enfonce, un peu plus loin. Ca n'est pas encore le silence.

 

On cherche et on a peur
On trouve et on a peur
On crie et on a peur

 

Rien qu'au cri de ton nom, là-haut, tout là-haut, là où on ne va plus depuis bien longtemps.
Rien qu'au cri de ton nom (ça n'était qu'un murmure, ici, le sais-tu ? Rien qu'un glissement, métal contre le bois, vent contre la chair, à peine entendu)
Rien qu'au cri de ton nom tout a sombré encore, un peu plus loin, un peu plus bas, un peu plus noir.
C'est que ça n'était pas le silence, pas encore, pas encore.
Plus bas sûrement… Un peu plus bas encore, on n'entendra plus rien.
Plus le bruit du cœur
Plus de grésillement
Plus bas, plus bas sûrement, à quelques pouces, on retrouvera la fatigue
Posée là, comme sur un pont de pierre

(Etre sans résonance c'est être sur un pont de pierre
Allongé sur le sol tel un pieu
Les bras le long du corps, dos tourné à l'éther
Un peu d'eau, et insensible à l'air
Un peu de terre, ne sentant plus le feu)

Que peut-on voir en naviguant vers le noir ?
Que peut-on voir quand on fait voile verticalement ?

 

Ce fut d'abord tout un chapiteau, blanc et rouge, les cages dorées comme des boîtes à bijoux, éléphants, trompettes et clowns, sucreries, confettis, trapézistes, équilibristes, et le maître de la danse, digne dans sa jaquette noire, ôte son chapeau noir. Devant lui des agneaux défilent.
Et puis une voiture, énorme, large de quinze portes, haute de trois étages. De son toit s'échappent des araignées. De ses fenêtres, des odeurs de soufre. Sautille, grésille… Roule, grince tremble et croule. Gronde, fonte sombre, fronde. Racle, renâcle s'accroche et clac !… Frappe et heurte, dans un bruit qui s'écroule, métal cognant le métal, ses roues de fer blessant le pavé d'ombres, déboule et roule, s'élance, s'enfonce, brise et construit le silence.
Et puis un chien (blanc) orné de sa maîtresse, qui parade sur un tapis de roses, tapis volant de pétales arrachés par l'automne. A la terrasse d'un café, deux ivrognes interrompant leur discussion regardent, ébahis, la péronnelle en laisse. Sortant des cartes de tarots, les regardant comme on regarde sa montre… " Tu vas mourir " dit le plus âgé. Voyant qu'il est en retard son fils prend place sur le tapis.
On voit aussi l'arche de Noé dont les colombes n'ont jamais trouvé la terre.
Dans un terrain vague, au bout d'un port, un enfant sale joue avec la main de son frère.
Une maison immense, la nuit, où brûle une unique chandelle.
Une montage en neige se transforme en volcan.
Et puis c'est la mer, enfin, étendue bleue sous le ciel d'Ecosse.
Un haut portail béant décroché par le vent.
Une jeune mariée s'est assise au piano. Au contact des touches, ses doigts tombent en poussière.
Tic-tac. L'un après l'autre.
Après cela, il n'y a plus que des terres.

Des terres sans fin.
Un peu plus noires.
Un peu plus noir.

 
FXS
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