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Dans un endroit que l'on connaît à peine
A peine un filet de lumière, lointain, pâle et froid
Un rayon de soleil vide, regardant ailleurs
Détournant les yeux, oiseau effrayé
Et puis on monte, on se dresse, dans cette obscurité
Dans cette pièce vide que l'on connaît à peine
On marche droit
On ne se sent pas marcher, on flotte
On suit le rayon, on remonte le rayon, qui se détourne
Une pièce vide, grise. Poussière.
Une porte. Noyée.
On marche toujours. On flotte toujours
Un couloir. Un espace vide entre deux murs. Sans fond.
Le rayon a disparu. La lumière, l'obscurité, tout, enfui
On marche. On est. On flotte. Le reste n'existe plus.
Ca n'est même plus ailleurs
Après il devrait y avoir -on le sait- :

une pièce, toute de teintes brunes, mais comme
ternes, sans éclat, comme si la lumière n'existait pas
sur la gauche, une chaise, dans un bois de miel
sur la droite, une cuisine, propre, rangée
une table dans un bois massif, foncé, sûrement
une plante, des voilages, des ustensiles
une pièce pleine de calme, faite pour le soleil
qui chantonnerait quand il viendrait luire

sur le bois de miel
au travers des voilages, verts, sûrement
sur la lame épaisse et large des couteaux

Au-delà de cette pièce, toujours flottant
On passerait une porte
Et depuis la terrasse, on verrait le jardin
On verrait les fanes des légumes frémir sous la brise
Et au fond, la clôture
Un panneau de bois pivotant, ouvrant un muret de pierre
Le fendant en deux
Au-delà encore -mais sans bouger, cette fois, cette fois immobile
Debout sur la terrasse, n'allant pas plus loin-
On distinguerait un champ, noyé dans la nuit
On distinguerait la forme d'un arbre, un seul
Et encore plus loin, la masse sombre de la forêt
Le pâle rayon s'arrêterait là, oiseau figé de peur
Eclairant tout d'une teinte monochrome :

le cœur du bois de miel, attendant de s'ambrer
la lame des couteaux, prête à s'enflammer
et le vert des voilages flottant dans la brise

Mais on ne sait pas franchir le couloir…
Du vide entre les murs, on ne trouve pas le fond
On recule, poussière
Flottant toujours, poussière
Comme repoussé par le rayon d'argent
Tout se referme, dans un final de silence
Assis. L'oiseau, de son œil froid
Me regarde en face. Tout s'est tu
Il faudra s'éveiller
La nuit n'a pas d'issue.

 
FXS
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