Les Chemins de l'inifini Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Notre pauvre cerveau a bien du mal à s'imaginer l'Infini ; en réalité il ne le peut pas, mais cela je l'ai compris bien tard. Et j'ai donc pris au sérieux les doctes et pontifiants initiateurs qui tenaient à me faire partager leurs visions d'infinis mathématiques, littéraires, physiques ou médicamenteux. Et pourtant les modèles proposés souffraient tous du même défaut rédhibitoire : les infinis qu'ils illustraient avaient un début, s'il n'avaient pas de fin. Cette suite partant de zéro se développe à l'infini. Partant du texte initial, cette mise en abyme est infinie. De notre planète les espaces s'étendent à l'infini. Après avoir absorbé cette pilule verte, ton esprit sera ouvert sur l'infini. Le point de départ omniprésent faussait selon moi l'appréhension de l'infini. Pour me débarrasser de cet encombrant passage obligé, je décidais de l'incorporer dans la notion d'infini en forgeant un néologisme qui utiliserait ce moment ou point initial pour mieux l'aliéner ; et donc, mélangeant les suffixes je ne parlais plus que de l'
ini-fini
ce nouvel infini, dont le point initial était fini, éliminé, bouté hors du sens, et surtout dont la propagation infinie pouvait enfin s'accomplir dans les deux directions de l'écriture grâce à la graphie symétrique qui le caractérisait
…inifininifininifininifininifininifininifininifininifini…
et dont l'élégance régulière me remplissait d'une joie un peu irraisonnée, en même temps qu'une satisfaction boustrophédonale à lire mes pages d'écriture alternativement dans les deux sens. Tout à coup, les suites mathématiques dont la propagation s'étendaient aux nombres négatifs devenaient vraiment inifinies. Soudain la lecture de La Bibliothèque de Borges m'ouvrait des perspectives inifinies. J'équilibrais la vision des cieux noirs et ruisselants d'étoiles par l'idée de ces systèmes d'atomes ruisselants d'énergie et de particules à l'inifini. Et cela faisait des années que mon esprit restait ouvert en permanence sur des espaces inifinis, l'idée d'Infini étant en elle-même rien, ni infinie, ni finie, ce que décrivait le ni-infini ni-fini apparaissant à la lecture spasmodique et continue de l'enchaînement d'inifini. Lire, découvrir et interpréter la suite inifinie. De ces trois lettres faites pour marquer la fin pouvait-il naître une nouvelle kabbale ? L'étude attentive de ce nouveau texte sacré,
…inifininifininifininifininifininifininifininifininifininifininifininifini…
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finit par m'en persuader. L'inifini y paraissait en filigrane aussi bien qu'en principe, et en diagonale aussi bien qu'en horizontale. Les sens de lecture s'y multipliaient : le sens véritable devait caché, le sens véritable devait être découvert…

Si vous voyez un homme seul, la tête rasée, fronçant les narines tel un lapin ascétique en murmurant " inif…inif…inif…inif… ", sachez que c'est moi. Prenez le temps de me saluer et je vous parlerais de l'inifinité des mondes.

 
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