| Le Cambrioleur aux bristols |
| Une enquête du commissaire Cantor |
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Le commissaire Cantor posa le téléphone sur la table plaqué
faux érable de son bureau de l'antenne de police du Xième
arrondissement. Un cambriolage de plus dans l'affaire des bristols, cela
faisait le huitième ; pour l'instant, la presse se cantonnait à
des parodies humoristiques sur le retour d'Arsène Lupin, mais le
ton se ferait nettement moins amène dans peu de temps, il le pressentait
(et il ne pourrait remplir sa grille quotidienne de mots croisés[1]
sans blêmir à un article ou à un autre). En posant
ses petits bristols ornés d'un grand huit rouge, le cambrioleur
se moquait manifestement des policiers. Il semblait laisser des indices,
le plus évident étant l'ordre des cambriolages calqué
sur les numéros des arrondissements : le cambriolage de ce huit
mars s'était déroulé au 17, avenue Ferdousi dans
le VIIIème arrondissement. Toutes les effractions avaient lieu
le 8 du mois depuis août de l'année précédente,
et les butins n'étaient que symboliques, voire dérisoire
comme cette croûte représentant une chasse à courre,
volé le mois dernier au 13, de la rue Négrier. Il s'agissait
presque toujours d'un unique objet, comme le vase Dzang du deuxième
vol au 2 de la rue du Nil , le sextant du cinquième cambriolage
au 7 de la rue de Navarre ou encore le canevas dérobé le
8 novembre au 5, rue des Irlandais. Au 11, place de l'Institut, au début
de l'année, c'est une collection d'otaries miniatures qui avait
disparue, tandis que le voleur s'appropriait deux ukulélés
rares lors de son premier vol au 1, rue des Innocents, et la classique
théière en argent au 3, rue du Foin. Le 6 avril, Cantor jaillit de sa douche tel une fusée en hurlant
Euréka ; c'est en repensant à la liste des vols dans l'ordre
chronologique qu'il trouva la solution du problème. Le matin du
8 avril, deux équipes furent formées : la première
partit en direction de la rue des Italiens, et Cantor et ses hommes partirent
vers le 19, boulevard des Italiens. A 16 heures, un homme insignifiant,
portant barbichette, lorgnons et pied de biche dans un sac fut arrêté. Une seule question subsistait : pourquoi les ukulélés ? |
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