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Le
présent serait plein de tous les avenirs, si le passé
n'y projetait déjà une histoire.
(André
Gide, Les
Nourritures terrestres)
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Je ne suis pas
concerné par l'infini, si ce n'est par l'infini des choix.
Si je devais vraiment parler de l'infini, je parlerais sûrement
de vertige, sans comprendre le rapport entre les deux notions. Je
parlerais vaguement de fascination du vide, j'identifierais vide à
infini et le tour serait joué.
Il se peut cependant que l'infini ait à voir avec la peur.
Il se peut qu'on appelle infini tout ce qui nous dépasse. Il
se peut que tout ce qui nous dépasse nous donne envie de nous
jeter, d'embrasser, de fondre en lui. On pourrait appeler cette impulsion
" un élan irrésistible vers ", et ce qui nous
dépasse nous étant inconnu on pourrait apparenter cet
élan à un élan vers l'inconnu. Resterait à
savoir en quoi l'inconnu s'identifie au vide. Nous touchons là
un point crucial du sentiment de l'infini et comme tous les points
cruciaux il y a une multitude de façons de l'attaquer. Les
possibilités sont immenses.
A ce stade pourtant, je me désintéresse du décorticage
cérébral. Je m'interroge sur son résultat, mais
je préfère éviter de faire moi-même l'opération.
Au lieu de cela je mentionnerai l'entrée en lice d'un troisième
participant, qui impose sa présence avec la tranquillité
d'une évidence, sans que je puisse davantage la justifier :
la chute. L'élan vers l'inconnu, comme le vertige, serait désir
de chute. Mais aussitôt je me reprends, car la chute n'a qu'un
temps, elle n'est qu'un temps, celui qui sépare le vertige
de la mort. Si la chute est tout ce qu'il y a de fini le statut de
la mort est moins certain. D'aucuns nous promettent qu'elle n'est
qu'une porte vers la vie éternelle. D'autres au contraire prétendent
qu'elle est une entrée dans le néant. Une entrée
" pour toujours ", sans sortie. Entre les deux versions,
celle de la vie infinie et celle du rien se décline un vaste
éventail d'alternatives, métempsycose et réincarnation,
stades transitoires, du Tartare au Purgatoire, esprits, fantômes,
sublimation (l'enlèvement aux cieux commun aux Grecs et aux
Catholiques) etcetera. Quand il s'agit de donner à la mort
une forme appréhensible nous ne sommes pas en peine de représentations
: ne sachant rien du phénomène hors son aspect trivial
-la respiration se bloque, le cur s'arrête, les yeux se
voilent, le corps se refroidit, se raidit puis pourrit- nous avons
toute libéralité pour décrire ce qui se passe
après. Et de toutes les possibilités la plus terrible,
celles que toutes les autres démentent, parfois avec fureur,
la plus terrible donc est aussi la plus simple : rien.
Ca n'en fait pas nécessairement la plus vraie.
Revenons donc à l'intervention de la mort dans notre débat.
Point de chute, si j'ose dire, du vertige, la mort nous est totalement
inconnue. A ce stade du raisonnement un mathématicien poserait
son crayon et contemplerait ces quelques lignes d'un air satisfait.
Il ne lui manquerait, pour rendre cette journée tout à
fait glorieuse, que de formaliser la chose, selon une équation
qui pourrait, par exemple, ressembler à : |
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Resterait à
démontrer quelques points mineurs : que tout élan
vers est une fascination pour (démonstration plus délicate
qu'il n'y paraît, les deux termes ayant des sens propres antinomiques).
L'on verrait dès lors en quoi la notion d'infini, en tant
que ce qui nous dépasse, ce qui nous est inconnu, appelle
le vertige. On arriverait bientôt à une équation
intéressante, mettant en relation l'infini et la mort. Enfin,
se basant sur la plus terrible (la plus fascinante, la plus effrayante,
la plus vertigineuse) des versions de la mort, on aboutirait à
éclairer ce rapprochement paradoxal quoi qu'intuitif : le
rien définitif est le plus insoutenable des infinis.
Et quand on en serait là on serait en droit de se poser la
question suivante : qu'est-ce que tout cela m'apprend sur l'homme
?
Comme je le
disais au début : l'infini est une question qui ne me concerne
pas. Hormis peut-être l'infini du choix. J'arrête immédiatement
les matheux qui -je les entends d'ici- viennent de s'embarquer dans
une nouvelle série de déductions du type :
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etc
Je les arrête
maintenant. Cette série ne mène nulle part. Elle tourne
en boucle (indéfiniment) autour de la même question
sans jamais la nommer. Et cette question, c'est celle de la peur.
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| Un
Enfant éternel |
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| Cinq
Jours sur sept |
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| FXS |
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