Un intérieur suédois Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Je n'avais pas vraiment choisi d'aller en Suède ; choisit-on de son plein gré d'aller sur l'eau aventureuse vers le Nord dangereux et glacial ? Si notre merveilleuse civilisation moderne réussit sans grande peine à assurer le confort physique du voyageur, que peut-elle contre le froid qui gagne sourdement son coeur à la pensée du Nord Sauvage ?
Tout est rude en ce Nord : rudes les intempéries, rude le grain des bois bruts sous la main, rude l'odeur âcre des mers, rude l'angle des mats découpés sur le bleu lumineux du ciel. Pourquoi partirait-on sinon ? Je compris subitement que l'on puisse se mettre à rêver près de la mer des autres horizons du monde, de mettre le large, de s'enfuir à tire-voile...
 
 
A force de marcher entre toutes ces rudesses, mon oeil fatigué fut attiré par la lueur d'un intérieur suédois. Douce vision ! Fragilisé, heurté, rudoyé par les éléments, je me reposai enfin à la vue (légèrement troublée par les vitres si peu planes) de ce concentré clos de sérénité. Le vert des murs, des sièges, me semblait la nuance d'une forêt boréale. Un portrait seul habitait la pièce, illuminée par les lumières jaunes des lustres qui découpaient sur le plafond passé les ombres des habitants absents. Je restai là un très long moment, aspirant des yeux la chaleur et la simplicité du lieu, ne sentant plus le rude vent qui mordait maintenant et mon ventre et mon dos, immobile, fasciné, apaisé.
 
 
Peut-être devrais-je dire que l'apaisement vint ensuite, quand je passai de l'autre coté des vitres si peu planes, et que, toute solitude abandonnée, réchauffé par la sollicitude et la gentillesse de mes hôtes, je contemplai par la fenêtre les lueurs dernières du soleil disparu au fond d'un lac suédois. J'étais sorti de la rude réalité pour entrer dans le monde coi et doux d'un intérieur suédois, et le fil interrompu de ma pensée initiale renouait avec le désir de partir, le désir de connaître tenant sa victoire sur le désir de fuir.
 
 
 
PmM
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