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Je n'avais pas
vraiment choisi d'aller en Suède ; choisit-on de son plein
gré d'aller sur l'eau aventureuse vers le Nord dangereux et
glacial ? Si notre merveilleuse civilisation moderne réussit
sans grande peine à assurer le confort physique du voyageur,
que peut-elle contre le froid qui gagne sourdement son coeur à
la pensée du Nord Sauvage ?
Tout est rude en ce Nord : rudes les intempéries, rude le grain
des bois bruts sous la main, rude l'odeur âcre des mers, rude
l'angle des mats découpés sur le bleu lumineux du ciel.
Pourquoi partirait-on sinon ? Je compris subitement que l'on puisse
se mettre à rêver près de la mer des autres horizons
du monde, de mettre le large, de s'enfuir à tire-voile... |
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| A force de marcher
entre toutes ces rudesses, mon oeil fatigué fut attiré
par la lueur d'un intérieur suédois. Douce vision !
Fragilisé, heurté, rudoyé par les éléments,
je me reposai enfin à la vue (légèrement troublée
par les vitres si peu planes) de ce concentré clos de sérénité.
Le vert des murs, des sièges, me semblait la nuance d'une forêt
boréale. Un portrait seul habitait la pièce, illuminée
par les lumières jaunes des lustres qui découpaient
sur le plafond passé les ombres des habitants absents. Je restai
là un très long moment, aspirant des yeux la chaleur
et la simplicité du lieu, ne sentant plus le rude vent qui
mordait maintenant et mon ventre et mon dos, immobile, fasciné,
apaisé. |
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| Peut-être
devrais-je dire que l'apaisement vint ensuite, quand je passai de
l'autre coté des vitres si peu planes, et que, toute solitude
abandonnée, réchauffé par la sollicitude et la
gentillesse de mes hôtes, je contemplai par la fenêtre
les lueurs dernières du soleil disparu au fond d'un lac suédois.
J'étais sorti de la rude réalité pour entrer
dans le monde coi et doux d'un intérieur suédois, et
le fil interrompu de ma pensée initiale renouait avec le désir
de partir, le désir de connaître tenant sa victoire sur
le désir de fuir. |
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| PmM |
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