Hong Kong Stories Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
16 mai 2002
 

Hong Kong vue d'un tramway. On traverse la ville, les pancartes pendent, chargées d'ampoules, d'idéogrammes. La foule se presse. Il faut porter son regard plus loin, vers le ciel - le ciel et au loin les nuages qui se reflètent sur les gratte-ciels, variation en mode mineur sur la ligne plus pure de la baie où se profilent les bateaux amarrés dans le port.

Hong Kong vue des hauteurs. Tours verticales surgies des profondeurs d'une vallée luxuriante et derrière elles, déjà, se dessinent les contours des collines d'une douceur traditionnelle - celle des peintures sur soie. Et soudain, on a l'impression de voir un dessin au pinceau encadré de cartouches.

Hong Kong vue de ses plages. Verdeur des collines : les grues dressent leurs têtes obstinées sur les hauteurs. Premiers parasols, premiers baigneurs, familles. L'eau bleue vient et se retire, tranquille comme l'âme chinoise. Pourtant la présence de bouées et de filets rappelle la possible menace des requins de la Mer de Chine.

Rien entre les deux extrêmes : tout dans l'horizontal et le vertical. Seule exception : les vestiges de la période coloniale, une des rares tentatives pour construire en cette région inhospitalière un monde d'hommes à l'échelle de l'homme. Mais cette utopie s'est vite dissoute : Hong Kong, construite à l'échelle du groupe, de la collectivité, où tout a été aménagé pour préserver à tout prix la fluidité de la circulation, la santé des artères.

 
 
18 mai 2002
 

Le port de Hong Kong : un grand œil gris ouvert au milieu de la ville. La couronne des gratte-ciels comme des cils gigantesques. On se lève tous les matins et on observe cet étrange regard immobile tourné vers le ciel. Fait-il clair aujourd'hui ? Fait-il gris ? Le soleil rend l'eau un peu laiteuse, un peu jaune, couleur qui fait ressortir avec plus de netteté la verdeur des cimes d'arbres entre les immeubles. Le marché a ouvert ses parasols un peu plus bas dans la rue. On aperçoit les régimes de bananes suspendus en hauteur, les pommes, les poires, les oranges, les mangues et les mangoustans rangés dans des corbeilles. Les habitants du quartier sont venus prendre leur petit déjeuner : du thé et des bouchées à la vapeur, de la soupe. Les enfants vont à l'école, en uniforme blanc et bleu.

A la même heure, à Paris, les cafés ouvrent leurs portes. On déplie les journaux, on commente les nouvelles du jour. La circulation est déjà dense. Mais il fait encore sombre. Les enfants se glissent à l'extérieur par les portes cochères encastrées dans des immeubles en pierre de taille. Les magasins sont encore fermés, les gens dans le métro encore engourdis de sommeil.

Même corps un peu figé dans le métro à Hong Kong : mais la chaleur fait toute la différence et cette nuance indéfinissable, si paisible, des postures. On dirait des oiseaux endormis.

A Paris, si l'on marche très tôt le long de la Seine déserte, on perçoit quelque chose de pensif et de mélancolique. On bute sur le pavé inégal, les réverbères s'éteignent dans l'aube qui se lève. Notre-Dame découpe sa silhouette sur le ciel, flanquée de ses deux tours ajourées, au-dessus des flots noirs. Les cafés font comme des taches de lumière sous les arbres. On a le sentiment du temps qui passe : il s'écoule par siècles entiers.

A Hong Kong, à peine sorti de chez soi, on est happé par l'activité environnante. Les vieux se promènent, les enfants vous dépassent en courant, les cuisiniers découpent la viande et la font frire, les marchands rangent les fruits et les boîtes de conserve sur leurs étalages. Tout ce qu'on voit autour de soi a été construit dans les cinq dernières décennies. Amoncellement de béton et partout où cela est possible, la poussée vigoureuse d'une végétation tropicale. Les murs sont mangés par l'humidité, et toutes les fenêtres sont partiellement bouchées par les boîtes carrées des climatiseurs. Pas de place pour la rêverie, pour l'oisiveté. Le temps qui passe ici n'a rien d'intellectuel.

Mais cette agitation a un axe : l'œil grand ouvert du port de Hong Kong, et ces eaux lentes et souveraines me rappellent souvent la Seine.

 
 
20 mai 2002
 

Hong Kong il y a 400 millions d'années : une rivière, un marécage, des volcans actifs, puis la mer recouvrant le tout fait surgir au hasard de l'érosion des îles aux côtes découpées, non loin du continent - the Mainland, ce qui signifie littéralement la Grande Terre…

Hong Kong il y a 4000 ans : civilisation des Yue, puis celle des Han. Premières pierres taillées, travail du bronze et soudain, apparition de la porcelaine et progressivement de la soie, qui sont à l'Asie ce que l'or et le velours sont à l'Europe.

On reconnaît les pots de terre, les pointes de flèches. Mais dès l'âge du bronze, on est perdu devant l'aspect étrange de ces instruments en forme de cloches, et devant les premiers vases décorés de dragons enroulés sur eux-mêmes.

Hong Kong il y a encore deux siècles : peuple de pêcheurs, peuple d'agriculteurs. Les Tanka, " habitants de l'eau ", vivent sur les fameuses jonques aux voiles rouges. Les Hokkos cultivent le riz et aménagent les premiers marais salants.

Hong Kong en 1910, quartier de Central : une large avenue entre deux imposantes rangées de façades victoriennes, aux panneaux verticaux chargés d'idéogrammes. Les hommes portent une natte et leurs yeux sont un peu fiévreux sous leur front bombé. C'est Hong Kong comme en Occident, on continue à la rêver.

Hong Kong en 1941 : Pearl Harbour vient d'être attaquée. Les Chinois à leur tour courbent le front devant les Japonais, au nom de la Grande Sphère de Co-Prospérité Asiatique. Quartiers bombardés, dévastés.

Hong Kong telle que nous la connaissons aujourd'hui a donc moins d'un demi-siècle. Choc de chaque matin que ce bruit de chantier assourdissant qui monte, comme l'ombre des grandes tours dans le ciel encore pâle.

 
 
21 mai 2002
 
En 1870, sous nos pieds, c'était encore la mer. La pagode du quartier, dédiée à Tin Hau la Déesse de la Miséricorde, avait été construite sur ses rives. Quand Hong Kong s'agrandit, la mer s'éloigne.
 
23 mai 2002
 
Comment arrive-t-on à Hong Kong ?

La variété des réponses à cette question, à elle seule, caractérise cette ville.

 
 
 
PVK
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