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Temps d'incertitude
et de terreur, de cris et de fureur, d'ordre moral et d'injustice.
Des voix s'élèvent, et les plus grandes, les plus
fortes sont celles qui sortent des livres, et que l'on fait s'élever
à chaque fois que l'on en tourne les pages. Il faut relayer
leurs cris. Assis dans le fauteuil, le chat assagi et presque attentif,
le cocktail pas si loin des mains (Poire Royale : deux parts
de liqueur de poire, une part d'alcool de poire et du champagne
brut frappé), nous feuillettons pour apprendre, mais
aussi pour nous détendre...
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| Mutations
de Robert J. Sawyer - J'ai Lu |
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Bon d'accord,
ce n'est ni Hypérion, ni le Poids de son regard. Sawyer
n'est pas non plus Banks, ni Brin, mais quand même. Comment un auteur
arrive-t-il à conjuguer des thèmes aussi improbablement associés
que la recherche sur le génome humain, un héros atteint de la maladie
de Huntington, une femme télépathe, une expérience de resurrection
néanderthalienne et la poursuite de criminels nazis (Mutations),
ou bien la recherche de l'âme, l'adultère, l'intelligence artificielle,
le clonage et l'interrogation sur l'au-delà (Expérience Terminale,
roman antérieur) sans sombrer pour autant dans le ridicule ? Sawyer
y réussit pourtant, et même si son écriture est souvent rapide,
elle n'est pratiquement jamais en défaut flagrant d'irréalité comme
peuvent l'être par exemple les romans de Werber ou de Crichton.
Peut-être la clé du succés est-elle justement l'utilisation de bases
scientifiques solides, sans jamais que l'intrigue n'ait à creuser
plus loin et donc à faire des hypothèses hasardeuses. Peut-être
que les romans de Sawyer sont justes des romans aux ressorts classiques,
habilement dissimulés sous un habillage scientifique particulièrement
bien réussi.
En tout cas, ses livres se lisent avec plaisir, avec désir, avec
impatience : on saute d'une page à l'autre pour savoir comment cela
va se résoudre, se terminer, pour avoir la confirmation des coups
de théâtre que l'on a pressenti (Sawyer ne masque pas vraiment ses
'révélations'). On butine, on volette de page en page, en sautant
parfois des paragraphes, mais sans avoir l'impression de perdre
quelque chose de décisif. On lit parfois d'un oeil distrait, ou
en coup de vent entre deux stations de métro. On lit d'un oeil distrait,
certes, mais sans pouvoir s'en passer... Là est toute la réussite
de Robert Sawyer.
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| PmM |
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| La
Reprise
d'Alain Robbe-Grillet - Editions de Minuit |
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Ca fait des
siècles qu'on vous rebât les oreilles avec le Nouveau
Roman et Robbe-Grillet. Evidemment, vous avez eu le choix. Vous
avez lu ou vous n'avez pas lu Robbe-Grillet. Dès lors, vous
avez été classé définitivement. Si vous
faites partie des lecteurs de Robbe-Grillet, je n'ai rien à
vous apprendre, nous nous comprenons.
Si vous avez essayé La Jalousie en vain, si on vous
a dit Dans le Labyrinthe, c'est pire, vous n'avez certainement
pas du avoir la moindre envie de lire La Reprise. D'autant
que le Nouveau Roman n'est plus tendance depuis longtemps, et que
son auteur, pensez-vous, doit frôler le gâtisme. Peut-être
tout au plus les relents de souffre qui entourent ce roman ont-ils
titillé votre libido, mais, c'est sûr, pas au point
de le lire !
Pour vous, donc, cette critique. La Reprise est le point
d'orgue du Nouveau Roman. Dans sa construction, on y sent la consécration
d'un style qui, jusqu'à présent, semblait plus relever
de l'expérimentation que de l'art. Le caractère froid,
méthodique des romans précédents, leur obscurantisme
volontaire ont cédé la place à une fluidité
totale. Les inventions des romans de Robbe-Grillet trouvent ici
tout naturellement leur place. Les effets de brouillage n'ont plus
rien de gratuit, ils servent l'histoire de façon magistrale.
Tous les autres romans de Robbe-Grillet semblent converger vers
celui-ci, peut-être le dernier, qui du coup, justifie tout
le Nouveau Roman.
La Reprise est certainement le point final, mais aussi, pour
une nouvelle génération de lecteurs, le point d'entrée
dans l'oeuvre de Robbe-Grillet.
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| LN |
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| BIOS
de
Robert Charles Wilson - Folio SF |
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Dans ce court
roman, Wilson nous fait découvrir une extraordinaire planète
où la vie, fruit d'une évolution compétitive
beaucoup poussée que sur la terre, se révèle
mortelle pour l'homme, obligé pour l'explorer à un
confinement particulièrement rigoureux. Une exploratrice
modifiée génétiquement est envoyée pour
essayer de percer les secrets de ce monde, ce qu'elle réussit
plus ou moins à faire. Cette intrigue posée, Wilson
nous régale de fils narratifs croisés et de détails
technique qui rendent son livre efficace, au meilleur sens des grands
romans de la hard-science, bien qu'il n'entre jamais dans un grand
niveau de détails. Les histoires personnelles des personnages,
même abordées brièvement, permettent d'établir
brillamment un aperçu de la civilisation humaine telle qu'il
l'imagine dans ce roman. C'est très bien, passionnant, et
l'on est quelque peu déçu qu'il ne creuse pas plus
pour établir une vraie fresque galactique. Dans ce type de
roman de SF, l'interpénétration de la science et de
l'imagination constitue souvent le véritable intérêt.
Quel futur ingénieur n'a pas rêvé en lisant
les descriptions de Jules Verne ? Qui n'a pas été
enthousiasmé par les visions prophétiques de Neal
Stephenson ?
Et c'est peut-être ce qui pêche dans le livre de Wilson,
comme souvent dans nombre de romans de hard-science actuel : le
complexe de culpabilité que traîne ces auteurs à
propos de ce qu'ils font les amènent à considérer
leurs livres incomplets s'ils ne les rattachent pas à une
"philosophie" quelconque. En débitant des platitudes
dignes de mes dissertations de philosophie de terminale, ils pensent
donner à leurs oeuvres la touche finale qui les distinguent
des autres romans. Ils ne sont que lassants, comme la fin du livre
de Wilson, qui se perd dans des considérations sur une hypothétique
vie des planètes dont la terre aurait été exclue,
la vie sur terre ayant perdu une sorte de lien spirituel avec la
vie galactique. Ennuyeux et lassant, d'autant que cela se répète
avec pratiquement tous les auteurs, et que l'on assiste à
un défilé ininterrompu de révélations
sur le pourquoi de l'humanité. Et je ne parlerai même
pas de Bernard Werber. Bref, pour en revenir au livre de Wilson,
les deux cents quatre vingt premières pages (sur trois cents)
sont très, très agréables à lire.
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| PmM |
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| Gode
Blesse et TN'T
de
Alain Turgeon |
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Alain Turgeon
est un jeune ingénieur informaticien (ça arrive) québécois
qui s'est installé à Lyon comme "jeune écrivain
stagiaire du nouveau monde". De sa belle province natale, il
a ramené un style unique. Exemple. "Ce jour-là,
il a trouvé une pitoune qui est vraiment la plus grosse du
monde et que donc elle vaut très chère à cause
de cette raison". Vous avez déjà lu un truc comme
ça, vous ? Tout Gode blesse est sur ce ton, celui
d'un petit gars intelligent qui essaie de nous faire gober qu'il
ne sait pas écrire. Quand il dit qu'il est paresseux, en
revanche, on ne peut que le croire. On se demande même comment
il a pu écrire un roman en entier. Mais ouf ! la quatrième
de couverture nous rassure : il a mis trois ans pour pondre 155
pages en livre de poche !
Quant à
T'NT, c'est indéfinissable. Jamais je n'aurais imaginé
lire l'autobiographie d'un adjoint à la culture de Lyon (Denis
Trouxe), qui plus est écrite par (avec) un nègre (Alain
Turgeon). Pourtant la paresse même de Turgeon fait de ce livre
une véritable expérimentation littéraire. Ce
livre est inclassable, c'est ce que m'a dit mon libraire préféré.
Moi, ça m'a donné envie de le lire...
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| LN |
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