Autre chose Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
« Voilà ce que je pense. Que j'ai trente-deux ans, que je me fais vieux,
que les jours passent et s'enfuient en glissant comme la pluie,
que la vie est un souffle, que la route monte, que le corps cède le pas,
que les illusions aussi abandonnent le navire
et que les beaux jours ne sont que des chaloupes à la carène trouée,
qu'il n'est plus temps, que demain ce sera pareil et après-demain aussi...»
Marcello Fois,
Sang du Ciel
 
 

Je veux être autre chose que ce corps qui vieillit.
Je veux être autre chose que cette chair trop nourrie au lait riche du confort.
Je veux être autre chose que cette chair déjà pourrie
autour de mon esprit balbutiant, à peine formé, déjà mort.
La voilà la bataille. Perdue d'avance. Je vais mourir.

Avec toute la force du vouloir qui ne peut être satisfait,
je veux une métamorphose, je veux être
un être de lumière, ailleurs, loin de la chair avilie.
Oh, rayonner d'une lumière illuminant les contours défaits
de l'enveloppe abandonnée chrysalide âbimée dans l'oubli
voler oh oui voler vers un autre destin, une autre vie, un autre vouloir.
Voler, fuir comme un rayon de lumière qui ne s'arrête pas à la matière.
Fuir le spectre de l'obscurité qui déjà me rattrape. Je vais mourir.

Quitter ce corps lourd, boulet de compromissions.
Ce corps qui est seule réalité, vaine et perdue.
Trouver un chemin qui n'ait pas de but,
loin des promesses inutiles faites à notre peur.
Ailleurs, loin de ceux-là mêmes qui sont la mort, avec leurs mots
sinistres qui leur donnent le frisson de croire
que nous nous en remettons à eux,
à leurs sinistres dieux de pacotille.
Des dieux, des dieux. Pour rien. Pour mourir.

Utopie de lumière
Où seul le chant vibrant des rayons dans l'éther
Répondrait à mes cris
Où l'onde serait bleue,
Métamorphose électrique de mon corps infini
Ruisselante de justice et de compréhension
Un monde à ma mesure, ni trop grand, ni trop froid,
Où je serai crucifié dans la bonté humaine,
Immobile et vibrant,
Est-ce cela mourir ?

Anéantir cette trop criante injure qui à tous chaque instant
Fait de nous des bourreaux,
Des bourreaux,
Aux victimes si proches qu'elles ont sans s'étonner
Demandé de la mort la blessure invisible
Et que sans sourciller d'une main ou d'un signe
Nous avons laissé faire ceux qui les ont tuées.
A cause de cela, il nous faudra mourir.

Perdre cette innocence, cesser de croire
Que l'utopie facile est à portée de main
Que la lutte est perdue mais qu'il reste l'espoir
Qu'il y aura un jour de meilleurs lendemains
L'histoire est achevée au milieu des décombres
Et l'espérance d'hier est morte ce matin
Dispersée comme cendres, enterrée sous les ombres
De ceux qui ont lutté et qui sont morts en vain
Pour eux, comme eux,
Il faudrait mourir.

 

 
 
S.
Oh Oui ! vos réactions Ah Non !
Voir les autres textes de cet auteur - Envoyer ce texte à un ami
KaFkaïens Magazine - Tous droits réservés