Le chant des égouts Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
 
L'auteur tient à préciser qu'il adore les animaux, surtout ceux évoqués dans les lignes qui suivent. Non, vraiment, ce sont de sacrés chics types super sympas. C'est simple : y'en a plein chez moi. Pas la peine de venir pour visiter, tout est complet.
 
 

Nous, ignobles vermines, dégoûtants asticots,
Qui suivons sans arrêt vos courses sur nos têtes,
Au-dessus des dédales que peuplent nos silhouettes,
Ne pouvons plus souffrir le bruit de vos ego.

Quoi ? vous seriez donc les rois de cette pauvre terre
Et vos petits villages brilleraient de splendeurs ?
Misérables humains, étouffés du bonheur
D'avoir su fortifier vos maisonnées précaires.

Ne savez-vous donc pas qu'au cœur de vos cités
Notre armée installée contrôle vos demeures ?
N'entendez-vous donc pas la terrible rumeur
Qui sourd de vos égouts où nous sommes logés ?

Nous en avons assez de votre outrecuidance.
Nous allons vous montrer qui de nos jours commande,
Qui donc mène le bal, ouvre la sarabande :
Le premier d'entre nous va conduire la danse.

" Salut les petits potes, c'est moi Kiki la blatte.
Je me suis installé pas loin de ton frigo,
Caché sous le placard, tapi sous le lino.
Avec toute la famille, c'est fou ce qu'on s'éclate.

C'est moi qui apparais au petit déjeuner,
Dans ton bol de corn flakes, et qui te fait coucou
Avant de disparaître dans les plis en pilou
De ton peignoir tombant le long de tes mollets.

Tu as beau me chercher, je suis bien trop maligne,
Tu me crois au salon ou alors au cellier,
C'est plutôt mon cousin ou bien ma fiancée.
Moi, je t'attends au chaud : je suis dans ta cuisine !

" La blatte a bien parlé, mais elle n'a pas tout dit.
Appelons maintenant votre peur préférée
Celui qui pourrait bien être votre cadet.
Ecoutez la chanson d'un de vos vieux amis :

" Bien le bonjour les gars, je suis Jean-Paul le rat,
Avec mes acolytes on se déplace en bande,
On zone dans vos jardins et sur vos plates-bandes
Et on se reproduit comme des chinchillas !

J'adore les gonzesses qui se pâment à ma vue,
Ou qui crient longuement comme des hystériques.
Et même leurs copains semblent neurasthéniques
Quand je sors mon museau et mes pattes crochues.

J'explore tes poubelles avec délectation,
Je fouille les hangars et les vieux entrepôts,
Je surgis dans tes jambes quand tu prends le métro,
Je suis le roi errant de l'urbanisation !

" Qu'il est doux le beau chant de notre rat des villes,
Mais si vous vous penchez tout près d'un cimetière,
Ou collez votre oreille sur le bois d'une bière,
Un murmure constant montera sous vos pas :

" Par nous vous vient la paix, nous sommes votre fin,
Nous naissons brusquement pour nettoyer le monde,
Nous sommes vos intimes, vos assistants immondes
Quand dans vos beaux cercueils vous reposez enfin.

Nous sommes ceux qui digèrent le poids de votre vie,
Par nous vous retournez au néant créateur,
Emballé, c'est pesé, en moins d'une demi-heure.
Nous sommes les vers blancs, nous sommes les fourmis.

Tu ne crains rien de nous, nous n'allons rien te faire,
Tant que tu es en vie, mais dès la mort venue,
Nous viendrons en cohortes, en te portant aux nues,
Pondre nos asticots dans ton globe oculaire.

" Avez-vous entendu, ô vous, frères humains,
Notre cri de colère tonner dans le lointain ?
Ne nous provoquez pas, faites moins les malins,
Vers nos jolies papattes, tendez donc votre main !"

 
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