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Mon cher fauteuil,
un temps abandonné pour des plaisirs plus ensoleillé,
sais-tu combien tu m'as manqué lorsque les coudes dans le
sable et le dos ruisselant de crème je pensais à tes
accoudoirs douillets ? Ici, pas d'ambiance feutrée, mais
des radios et des cris, ici, pas de cocktail dynamite (Blue Hawaiian
: une part de rhum blanc, une part de curaçao bleu, une de
lait de coco, cinq de jus de plampemousse, frais si possible, et
une cuillérée de crême fraiche le tout passé
au mixer avec de la glace) mais des beignets et des frites,
ici pas de chat ronronnant mais des gamins criailleurs. Oh mais
je t'ai retrouvé, et je ne te laisserai plus, jusqu'à
ce que des vacances...
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| Un
anthropologue en déroute
de Nigel Barley - Payot |
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Les trois livres
de Nigel Barley (Un anthropologue en déroute, Le retour
de l'anthropologue, L'anthropologie n'est pas un sport dangereux)
sont si drôles que l'on a parfois du mal à croire qu'il s'agisse
d'ouvrages écrit par un ethnologue. Cela tient parfois plus
d'une satire scientifique écrite par Woody Allen que des récits
de voyages ethnologiques, dont on retient souvent qu'ils ne sont
que d'abominables pensums cumulatifs, noyant sous la masse des détails
les structures globales et empêchant le profane de retenir les quelques
faits essentiels qui seraient pourtant les seuls à l'intéresser
(les détails devant de toute évidence rester dans le domaine du
seul spécialiste). Entre somme indigeste et vulgarisation ennuyeuse,
le livre ethnologique a souvent peu de moyen terme, comme si les
auteurs balancaient entre la tentation de s'adresser uniquement
à leurs confrères ou bien au plus grand nombre forcément ignare.
Bien sûr, certains auteurs compensent par l'attrait de leur style
les trop longues digressions, rendant les descriptions exhaustives
aussi plaisantes à lire qu'une description de Zola. Mais ceux-là
sont rares, et finalement, les lecteurs préfèrent aller puiser leur
références ethnographiques dans les livres des voyageurs-poètes,
plus sommaires scientifiquement parlant, mais tellement plus proche
du véritable plaisir du voyage que l'on souhaitait pouvoir confronter
aux expériences des vrais ethnologues. Les deux styles devraient
pourtant pouvoir coexister et être lu avec autant de plaisir, voire
se rejoindre…
Et c'est ce que réussit Nigel Barley. Son expérience ethnologique
racontée avec humour porte parce qu'elle ne borne pas à décrire
: elle fait également ressentir les profondes différences sociales
sans masquer la commune condition d'être humain de l'auteur, du
lecteur et du sujet de l'étude. C'est un vrai plaisir de rire de
ses déboires avec les dowayos. C'est un vrai plaisir de terminer
un livre comme celui-là et de mieux comprendre ce qu'est l'Afrique,
ou plutôt de mieux comprendre pourquoi ses propres idées reçues
sont ridicules, de comprendre en quoi elles sont précisément des
idées reçues. Cela ouvre l'esprit pour ne plus par la suite en être
la victime, ou le propagateur.
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| PmM |
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| London
Fields
de Martin Amis - 10x18 |
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Martin Amis
est présenté sur la quatrième de couverture
comme le Céline contemporain anglais, ce qui est peut-être
légèrement abusif, même en tenant compte de
son roman prodigieux La flèche du temps. En lisant
London Fields, le sentiment d'avoir affaire à un auteur
d'exception ne s'estompe pas. La virtuosité de la construction
du livre, le parti-pris narratif qui nous projette dans le coeur
même du livre sont les marques indiscutables de la stature
littéraire de leur auteur. Le noeud des relations qui se
nouent entre les personnages est passionnant à explorer,
même si l'auteur nous en laisse peu la latitude. La référence
permanente à son propre travail d'écriture, à
travers le personnage de l'écrivain manipulateur qui ne sait
plus très bien ce qu'il manipule, introduit une dimension
surprenante dans la complexité des mises en perspective du
livre, à tel point qu'il est parfois difficile de savoir
si l'on acteur, lecteur, écrivain du livre. Le personnage
du joueur de fléchettes est incroyablement bien campé,
celui de la séductrice machiavélique terriblement
ostentatoire. L'interaction des personnages nous plonge dans cette
ambiance londonienne des faubourgs, dans ce mélange de sensations
et d'impressions qui constitue l'atmosphère de ces London
Fields qui donnent leur nom au roman.
Mais malgré
ce brio, le roman se traîne. Le manque de compacité,
les longueurs et les rabâchages gâtent le plaisir de
la lecture. On se surprend à sauter des paragraphes. La fin,
annoncée par l'auteur dès les premières lignes
du livre, n'apporte pas le plaisir escompté, celui que l'auteur
avait savamment attisé dans les chapitres qui nouaient progressivement
les relations, mettaient en place un décor tragi-comique
qui se révèle vide et froid. En définitive,
l'on se retrouve un peu déçu par ce déploiement
d'artifices savants qui ne mène pas au feu d'artifice escompté,
même si l'on reconnait en son for intérieur que London
Fields est sans doute le livre récent le plus étoffé
et le plus construit que l'on aie lu depuis bien longtemps.
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| PmM |
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| La
course au mouton sauvage
de Haruki Murakami - Points |
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Une question
me taraude : retrouve-t-on dans l'expression littéraire,
dans le style, et dans le roman en général le fossé
qui peut séparer deux cultures ? Si vous lisez un roman issu
d'une culture qui vous est résolument étrangère,
aurez-vous vous le même sentiment de désarroi que lors
d'une discussion avec un ressortissant de cette culture ? Ce fossé
est-il atténué par le pont jeté que représente
la traduction ou l'utilisation d'un langage commun ?
Je n'ai pas les réponses, mais je serai tenté de répondre
par l'affirmative en ce qui concerne le livre de Murakami. Au-delà
de l'histoire et du style dans laquelle elle est contée,
ce roman nous reste indiciblement étranger, sans que l'on
sache si cela vient de la superposition des scènes, des épisodes
surréalistes qui ponctuent l'avancement de l'intrigue ou
plus directement de la psychologie des personnages qui a tendance
à nous échapper. A moins qu'il ne s'agisse de ce satané
mouton vampirisant l'âme de quelques humains. Ce qui est certain,
c'est que ce sentiment d'irréalité qui nous lie à
ce livre n'est en aucun cas rebutant. On se trouve pris à
cette étrangeté comme à un filet supplémentaire
que n'aurait pas jeté l'auteur. Les inventions du livre en
deviennent parfois terriblement symboliques, comme les scènes
parfaites d'une pièce qui jaillit hors du livre pour être
jouée devant vos yeux. Entre autres inventions, la femme
aux oreilles parfaites et son double, la femme aux oreilles cachées,
est un joyau de poésie désabusée. Les oppositions
duales sont d'ailleurs très nombreuses : ville/nature (transition
lente du début à la fin du livre), bien/mal (notions
éminemment fluctuantes dans ce livre) , perception saisonnière
de la course du temps / Course au délai fixé au personnage
principal. Ces oppositions dessinent une trame entrecroisée
qui nous capture sans échappatoire possible, comme un mouton
attiré par une poignée d'herbe et qui se retrouve
pattes liées dans un enclos.
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| PmM |
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| L'Evangile
selon Pilate
d'Eric-Emmanuel Schmitt - Albin-Michel |
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Eric-Emmanuel
Schmitt est un auteur dramatique renommé. Ses pièces,
Le Visiteur par exemple, nous offrent des dialogues d'une
intelligence rare. Elles mêlent l'humour à l'émotion,
avec un sens aigu de la répartie :
"On entend
alors [...] les chants d'un groupe de nazis.
Freud s'éloigne instinctivement de la fenêtre.
(Pour lui-même) Si au moins ils chantaient mal...".
Je ne sais pas
ce qui a poussé Eric-Emmanuel Schmitt à écrire
ce r..., cette p.., euh, ce livre ? On ne peut pas appeler ça
un roman, ni une pièce. C'est une histoire que tout le monde
connaît, le Nouveau Testament, la vie de Jésus.
Drôle de thème, non ? Un thème casse-gueule,
que pourtant Eric-Emmanuel Schmitt parvient à traiter avec
une incroyable neutralité.
Le livre est
scindé en deux parties distinctes, voire opposées.
Chronologiquement, elles se complètent. La première
correspond à l'appel du destin que ressent un jeune homme
nommé Yéchoua, sa quête d'amour et de perfection.
Cette hétéro-autobiographie s'arrête au moment
où Yéchoua va devenir Jésus, au moment où
la rumeur colporte ses miracles, lorsque la neutralité de
l'auteur deviendrait intenable.
La deuxième partie, éponyme, permet à l'auteur
de nous raconter la suite de la vie de Jésus. Et jusqu'au
bout, nulle part Eric-Emmanuel Schmitt ne s'engage sur le caractère
divin ou humain de son héros. Pilate est Romain, et en bon
Romain, c'est un terrien, cartésien avant l'heure. Pilate
raconte, doute, vérifie, compare, analyse... Il confronte
sa logique aux explications mystiques qui fusent autour de lui.
Le fantastique
se définit comme l'équilibre précaire entre
le merveilleux et l'étrange.
Le merveilleux est un monde où la magie, le mystère
et la religion règnent.
L'étrange survient dans un monde rationnel. Les événements
surprennent mais trouvent finalement une explication logique.
Eric-Emmanuel Schmitt réussit à nous raconter la vie
de Jésus, de sa naissance, jusqu'après sa mort, sans
jamais glisser ni du côté de l'étrange ni du
merveilleux.
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| LN |
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| L'angoisse
du banc de touche au moment du coup d'envoi
de Jean-Bernard Pouy - Baleine |
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Jean-Bernard
Pouy est un maître de la nouvelle. Courtes, raffinées,
précises, huilées comme de petites machines indépendantes
logées dans le même capot. Indépendantes ? Pas
vraiment, puisque les thèmes et les perspectives différents
n'empêchent pas les préoccupations de rester les mêmes
: désespoir devant l'injustice, compréhension de la
révolte, douleur devant la saloperie des hommes, déception
de nos propres faiblesses. Tout cela passe légèrement,
comme un parfum tenace et ténu sous les mots, sous les histoires
magnifiques, lyriques ou sordides, improbables ou tragiquement réalistes.
Le sordide est d'ailleurs générateur des nouvelles
les plus prenantes, surtout quand il est vu à travers le
filtre de la conscience d'un banc de touche malmené par les
acteurs crétins d'un match de foot, ou à travers l'errance
pleine d'hésitation d'un taulard chargé de retrouver
un amour enfui, ou bien encore enfoui dans le mystère d'une
machination mystérieuse et italienne. Dans sa description
poétique ou onirique du réel, Pouy me fait penser
à Prado, l'auteur espagnol de bandes dessinées. Et
les textes de Pouy ont souvent cette force d'expression qui ajoute
à l'histoire les sensations du réel, comme les couleurs
pastels de Prado vous rattachent à vos souvenirs enfuis,
le vert odorant de l'herbe d'une prairie, le moutonnement de l'écume
sur une vague, l'odeur forte du bitume surchauffé.
Poésie des mots et des images qui n'efface pas le propos,
vous aurez deviné que j'aime beaucoup les nouvelles de ce
recueil.
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| PmM |
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