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| Entrée
- Madeleine Duprin |
| Je ne comprends
pas, je ne comprends. Mais que veut-elle ? Pourquoi m'a-t-elle invité
? J'ai l'impression qu'elle veut me forcer à contempler l'étalage
de sa réussite bourgeoise...mais elle ne peut pas ignorer non
plus que je m'en fous complètement... je ne comprends pas...au
moins ai-je du bon vin à boire, et ça justifie l'opinion
de tous ces ahuris qui ne peuvent s'empêcher de me jeter un
coup d'oeil dès que je touche à mon verre... |
| Autre
convive |
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| Plats -
Madeleine Duprin |
| Elle ne voudrait
pas me caser avec ce nullard de Larieux, tout de même ? Comme
si elle pouvait croire que personne à cette table ne sait que
cet imbécile est son amant. Et elle voudrait que je boive ses
restes ? C'est toujours moi qui ait récupéré
les restes de cette peste quand nous étions petites, et il
faudrait que cela continue ? ... laisse, laisse, Madeleine, ne t'énerves
pas, cela n'en vaut pas la peine. Profites simplement de ce chevreuil
et de ce vin. Ma soeur m'est étrangère depuis si longtemps,
peut-être depuis toujours. Et mes parents la préféraient...
mais cela n'est rien. Je suis révolté par l'idée
qu'elle puisse imaginer me faire envie par l'étalage de cette
réussite qui n'en est une qu'à ses yeux, et surtout
pas aux miens. Elle ne comprend pas cela, mais je ne comprends pas
pourquoi cela me révolte. Aurais-je voulu que ma soeur soit
plus proche de moi, plus proche de ma manière de penser et
de voir les choses ? Sans doute... j'aurais voulu avoir une vraie
soeur, et je suis trop exigeante pour me contente d'elle et de sa
mesquinerie, et finalement je l'envie pourtant parce qu'elle semble
heureuse de qu'elle a. Enfin ce n'est pas sûr... |
| Autre
convive |
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| Fromages
- Madeleine Duprin |
| Ah mais que je
suis idiote, mais quelle idiote... c'est le dentiste que ma soeur
voulait me coller entre les jambes ! Et je ne l'ai même pas
vu ! Pas entendu, pas vu, pas pris, le pauvre dentiste aussi inodore
et incolore que ce brie de Meaux plâtreux. Ah pauvres fromages
! On ne dira jamais assez les avanies que l'on vous fait subir, oubliés,
desséchés, sortis honteusement comme plat de passage,
arrosés de mauvais vin... et on vous veut vous refiler à
ce pauvre dentiste sans plus d'imagination qu'un râtelier étincelant...
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| Autre
convive |
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| Dessert
- Madeleine Duprin |
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Du chocolat,
Dieu merci, du chocolat. Cela va me permettre d'oublier les âneries
de Larieux, les éructations de l'indicible qui me tient lieu
de voisin et les minauderies de ma soeur. Je me demande si mon curé
de beau-frère aime le chocolat. Est-ce que c'est un pêché
mortel ? La gourmandise ? Oui, je crois que c'en est un. A-t-on
le droit d'aimer quelque chose, alors ? Par exemple un fondant au
chocolat avec un bon vin rouge, l'acidité et la force du
vin masqué par la douceur divine du chocolat ?
Ah, j'ai envie
de vomir. Sans doute le chocolat. Ou mon voisin. En tout cas, ce
n'est pas à cause du dentiste. Retourne à ta roulette,
l'inodore ! Je suis fatiguée, tellement fatiguée...
et ma soeur qui n'arrête pas de parler. Allez, dis-le, dis-le,
comme au siècle dernier, laisse partir les hommes au fumoir,
que je puisse m'éclipser, quelle fatigue, mon dieu, quelle
fatigue...
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| Autre
convive |
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| PmM |
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