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Bénie soit la
journée où sur un coup de tête
J'ai choisi des cuisines l'honorable métier
Pour devenir ce grand artiste cuisinier
Qui concocte les plats de vos repas de fêtes.
De l'humble
marmiton au grand chef réputé
J'ai gravi les étapes de la vie culinaire
Brûlé par l'ambition d'être un jour l'émissaire
De la force nouvelle d'un savoir rénové.
J'ai coupé les
légumes et récuré les plats
Avant de cuisiner, je l'ai roulé ma bosse !
Puis j'ai appris les viandes, les poissons et les sauces
Avant de m'attaquer aux mets plus délicats.
J'ai subi les
brimades et l'odieux bizutage
Qu'importe l'avanie, j'avais les tours de main
Que je désirais tant, que je tenais enfin
Mes doigts sanguinolents enfouis sous les bandages.
Des cuisines
infernales j'ai appris les arcanes
Les cris du maître-queux
qui hurle ses commandes
L'aboiement des serveurs qui devant vous attendent
Et le jour qui sans vous s'enfuit à la lucarne.
J'ai goûté
le plaisir amer, sucré-salé
Des repas arrosés précédant le service,
Tantôt naïf entier, tantôt rongé de vices
Chacun s'y révélant tel qu'en sa vérité.
J'ai cru perdre la foi
sous la morne routine
Hacher, couper, tourner, touiller ou bien saisir
Les devoirs de la charge m'enlevaient tout désir
Mon premier enthousiasme confit en gélatine.
Mais le feu
sous la cendre était prêt à jaillir
Et l'étincelle intacte rallumait le brasier
Pour une sauce onctueuse, pour un fumet parfait
Je goûtais du métier le savoureux plaisir.
Me voici arrivé,
dirigeant tout l'office
Liturgie en cuisine de mon ordre annoncé
Je suis de vos repas l'ordonnateur sacré
Le grand dispensateur, le maître des délices.
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