L'Ingratitude Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Je suis la terre en automne
Les boeufs m'arraisonnent à leurs sabots placides
Le soc me déchire sans relâche et sans haine
Je dégueule la caillasse
Et le paysan et la paysanne me marquent
M'enfoncent
Ils me feront avaler de force ce que le vent
Voudra bien qu'ils me donnent
Les ordres sont les ordres et je nourris le maïs et je nourris
L'ingratitude

Je suis la terre du bois
Caressée par la biche
A l'ongle si léger qu'il est sitôt parti
Le souffle me laisse deux lunes fraîches
Symétrie qu'il m'appartient de conserver comme un souvenir
Le chien passe ruisselant avec sa patte ronde
C'est moi qui la porte - formol -
La faune
Et les arbres s'abritent comme si,
Peut-être, leur vie en dépendait

Je suis la terre en crue
Qui charrie la misère
Mauvaise soeur
Je dévaste les rues, j'arrache les portillons
C'est ma marque brune qui souille vos maisons
Je suis boue
Et je sens le fait-divers et la charogne
J'engloutis, je dévore
Et je mords
L'ingratitude

Je suis la terre apaisée
Celle qui stagne sous les roues
Et vous réapprenez à marcher
Vous qui restez, vous qui êtes là
Vous avez recommencé à me piétiner
Je suis la terre
Dans l'ornière de vos bottes, par-dessous
L'ingratitude
Mais vous trébucherez
Je suis la terre du cimetière

 
NE
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