Internet et politique Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
Ce document est un fragment de l'article intitulé l'Accès au savoir sur Internet.
 

Internet représente une incroyable nouveauté dans les sociétés humaines. C'est la première fois qu'un élément susceptible de changer profondément la vie de tous apparaît et se développe aussi vite. Le rythme de développement du réseau est très rapide, plus rapide que celui des autres facteurs influant sur nos sociétés. Trop rapide également pour les institutions politiques, structures régulatrices de nos sociétés. Si rapide en fait qu'un fossé s'est creusé entre la réalité du monde du réseau et la perception qu'en ont les politiques.

Plus important, Internet a une potentialité de modification de votre vie ordinaire dont les gens prennent conscience plus vite qu'ils ne s'équipent : tous le monde comprend l'importance que cela peut avoir, avant même que de désirer accéder au réseau. Cette explosion du rôle de la communication dont Internet est l'agent principal modèle notre paysage culturel actuel. Et le déséquilibre entre ce désir anticipé et la réalité creuse un peu plus le fossé.

Les relations visibles des institutions politiques (et suivant, de la justice) avec le réseau sont tout d'abord marquées par les fariboles démagogiques issues des habituelles craintes (Internet ne serait que le refuge des néo-nazis et des pédophiles), conduisant à des premières annonces à tendance nettement sécuritaires, voire totalitaires. Les études plus approfondies ont mis du temps à apparaître, au rythme propre des missions politiques (donc aux échéances forcément plus longues), et le retard ne s'est donc pas comblé. Ce retard est évidemment structurel, il ne saurait être inversé que si les institutions politiques sont à l'origine des modifications du réseau au lieu de s'adapter à ses conséquences.

Il ne faut pas s'y tromper : la mondialisation actuellement en marche, à laquelle des associations de citoyens tentent de s'opposer pour limiter la société de consommateurs inhumains qu'elle nous prépare, cette mondialisation est à déjà à l'oeuvre sur le réseau. Internet a valeur de test et d'exemple. Laisser les acteurs commerciaux phagocyter le réseau, c'est admettre que la mondialisation est inéluctable et que les règles qui s'y appliquent seront demain celles de nos sociétés.

La revendication libertaire qui a soufflé un temps sur Internet n'est aujourd'hui que le paravent du libéralisme le plus étriqué d'esprit. Les acteurs commerciaux reprennent d'ailleurs à leur compte cet état d'esprit jusque dans leur publicité (tel opérateur d'accès présente par exemple son offre sous l'aspect d'une révolution prônée par Zapata, Gandhi, Lénine et Che Guevara) bouclant ainsi un boucle nauséabonde. L'état d'esprit libertaire initial ne manquait pas d'ailleurs d'être décliné à la sauce américaine, avec un fond de sauce individualiste au goût amer.

Pour que cela puisse s'arrêter, il faut laisser le politique faire intrusion dans le réseau. Internet ne doit pas être une jungle, Internet doit être régulé au niveau international. Pour que les intérêts nationaux ne soient pas les seuls moteurs de ce changement, ce devrait être à l'ONU de légiférer, en créant une cour chargé de le faire. Internet pourrait être le premier champ d'application d'une legislation mondiale positive issue d'un gouvernement mondial que tout homme sensé appelle de ses voeux. Et pour débuter dans ce difficile chemin, l'accès à Internet (droit d'accès ET structure technique) devrait être inscrit dans les droits et les devoirs des pays adhérants à l'ONU.

 
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