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Le Corpus d'information
sur Internet est extrêmement important, parce que la structure
même du réseau n'exerce aucun contrôle sur la
répartition et l'organisation de cette information. Dans
cette anarchie, seules les règles techniques de fonctionnement
sont fixées : cohabitation des protocoles, nommage des sites,
formats de données sont des exemples de règles qui
régissent chaque jour notre rapport au réseau. Mais
il n'existe pas de structure globale pour représenter l'organisation
de l'information.
Nous savons
que les liens lient entre eux les sites sur Internet. Dès
lors, l'élément le plus simple d'indexation est la
liste des liens qui mènent d'un site donné à
une série d'autres sites. Qui n'a jamais apprécié
la liste soigneusement établie d'un passionné, où
l'on découvre de nombreux sites pertinents, ou bien la liste
des ressources proposée par un ministère public ?
Cet élément d'indexation est parfois riche, parfois
très réduit, mais il n'est évidemment pas un
index du réseau : peut-on imaginer que l'enchaînement
de ces éléments dessine une sorte de liste de liens
qui pourrait être considérée comme un index
? Evidemment non, puisque la croissance de cette méta-information
est soumise aux mêmes règles que l'information : croissance
non-contrôlée, non dirigée, sans exhaustivité.
Cette absence
d'index n'est pas un gage d'efficacité et de créativité
comme le sous-entend la rhétorique libérale. Si les
créateurs de sites qui apportent richesse et nouveauté
à Internet avaient les moyens de promouvoir rapidement leur
site grâce à un index, ils se précipiteraient
dessus plutôt que de devoir engager la longue et fastidieuse
opération de référencement.
La définition d'un index est d'ailleurs un sujet récurrent,
et les échecs relatifs des fondateurs du réseau (par
exemple le système Gopher,
et son index Veronica)
n'empêchent pas les nouvelles tentatives, souvent très
riches et précises (par exemple, le projet Open
Directory) mais dont aucune ne comporte les principales caractéristiques
d'un index : être exhaustif et transparent (donc de caractère
public). Par ailleurs, les bibliothécaires regroupés
en association (anglophone) promeuvent des entreprises
visant à établir l'index le plus large possible,
tout en reconnaissant que l'exhaustivité n'est pas atteignable.
Pas d'index
sur Internet signifie également que l'on est incapable de
connaître la répartition des savoirs sur le réseau.
Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que l'information
prépondérante est sans doute de nature informatique.
Les informaticiens aiment bien se regarder le nombril numérique.
Mais peut-on connaitre à un instant donné la quantité
d'information relative à la médecine, à la
physique quantique ou à la fabrication de yaourt ? Non, évidemment.
Savoir ce que l'on peut trouver sur le réseau, connaître
sa géographie sont des gageures. La
cartographie du réseau donnent d'ailleurs naissance à
de très nombreux projets.
Nous ne savons
pas ce qui est sur le réseau, et nous ne savons pas si ce
qui y est est pertinent, valide, biaisé ou pas. Comme nous
l'exposions dans l'article consacré à la pertinence
de l'information sur Internet, le réseau manque cruellement
de référents de confiance.Comment apporter foi par
exemple à un article trouvé sur le serveur d'une université
? Le simple nom du serveur de l'université n'est pas équivalent
à son imprimatur pour les documents écrits : les révisionnistes
de l'université de Lyon publient par exemple sur leurs espaces
personnels de serveur des thèses qu'ils ne peuvent pas publier
avec l'estampillage de l'université.
Ce qui manque
à la consultation sans distinction d'information, c'est souvent
le background culturel qui permet de juger : dans une bibliothèque,
il est toujours possible d'obtenir un conseil pertinent, mais sur
le réseau ? Je ne dis pas qu'il n'est pas possible d'avoir
une aide, puisqu'il en est du réseau comme de toutes les
ressources d'informations : un document trouvé peut toujours
être soumis à la sagacité d'un professeur, d'un
ami, d'un collègue, voire d'un inconnu sur un forum. Mais
pas plus que vous il ne pourra juger de la pertinence de l'information,
quand un bibliothécaire sait lui d'où viennent les
ouvrages qu'il vous commente.
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