|
Je nesttoyais
mon arcque, et la flesche est partie...
Ah ! Qui chantera
l'immense douleur du chevalier abandonné en ceste terre hostile,
fors loin de son suzerain, fors loin de son pays nastal, et souffriant
de la lansquenante blessuyre d'avoir perdu sa Dame ? Saint-Jacques,
mon saint patron, ne vous fermez pas à mes prières.
Jacques de Honfleur votre fisdèle serviteur s'en remest à
vous.
Saint-Jacques,
ay en misericors de ton fils, quoy qu'il aist fait. La chaleur et
le chesminemens à traverz le pays des maures sont les causes
que je blasme, pour cet errement de moy qui me vaut anatème.
Prie le benoist filz de Dieu, Jhésus, le roy des cieux, de
pardonner à sa brebis.
Prie le besnoist
fils de Dieu de pardonner la fuite hors du pays du roy Loÿs,
de France. Puisse ma prière abaisser la vindicte des enffans
masles de mon suzerain, enffans conceuz en ventre nupcïal de
leur mère, orfelins à présent par l'acte de
ton serviteur. Honte à moy, qui n'ay respecté ni mon
suzerain, ni le serment de casvalier qui à luy me liait,
et qui ay baffoué son honneur en enlevant sa fesmme, ma Dame.
Prie le besnoist
fils de Dieu de pardonner nostre parole hagarde, lors de la fuite
et les angoisseux gemissemens, tritresses et douleurs, qui ont des
griefz fay le cheminemens. Et pardonne le travail des lubres sentemens
qui ont esguisez comme une pelocte nos nerfs. Pardonne l'ascrimonie
de ma Dame, dont j'avay dérobé l'hosnneur en grande
usmiliation, après le cueur qu'elle m'acorda. Je suis pecheur,
je le sçay bien, pourtant ne veult pas Dieu ma mort. Ma conscïence
me remort, par sa grace pardon m'acorde.
Et maintenant
la flesche est partie. En cest incident me suis mis, qui de riens
ne sert a mon fait. Je ne suis juge ne commis pour pugnir n'absouldre
meffait : de tous suis le plus imparfait. Mes nerfs en pelocte ont
faibli, mais ce que j'ay faist est faist. J'ai occis ma mie d'une
flesche énervée, et syus seul ici et maintenant, ne
pouvant plus que chanster :
Mort,
j'appelle de ta rigueur, qui m'a ma maistresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie, se tu ne me tiens en langueur.
Onc puis n'eus force ne vigueur; mais que te nuysoit elle en vie,
Mort?
Deux
estions, et n'avions qu'ung cuer; s'il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie, comme les images, par cuer,
Mort!
|