Jacques de Honfleur Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Je nesttoyais mon arcque, et la flesche est partie...

Ah ! Qui chantera l'immense douleur du chevalier abandonné en ceste terre hostile, fors loin de son suzerain, fors loin de son pays nastal, et souffriant de la lansquenante blessuyre d'avoir perdu sa Dame ? Saint-Jacques, mon saint patron, ne vous fermez pas à mes prières. Jacques de Honfleur votre fisdèle serviteur s'en remest à vous.

Saint-Jacques, ay en misericors de ton fils, quoy qu'il aist fait. La chaleur et le chesminemens à traverz le pays des maures sont les causes que je blasme, pour cet errement de moy qui me vaut anatème. Prie le benoist filz de Dieu, Jhésus, le roy des cieux, de pardonner à sa brebis.

Prie le besnoist fils de Dieu de pardonner la fuite hors du pays du roy Loÿs, de France. Puisse ma prière abaisser la vindicte des enffans masles de mon suzerain, enffans conceuz en ventre nupcïal de leur mère, orfelins à présent par l'acte de ton serviteur. Honte à moy, qui n'ay respecté ni mon suzerain, ni le serment de casvalier qui à luy me liait, et qui ay baffoué son honneur en enlevant sa fesmme, ma Dame.

Prie le besnoist fils de Dieu de pardonner nostre parole hagarde, lors de la fuite et les angoisseux gemissemens, tritresses et douleurs, qui ont des griefz fay le cheminemens. Et pardonne le travail des lubres sentemens qui ont esguisez comme une pelocte nos nerfs. Pardonne l'ascrimonie de ma Dame, dont j'avay dérobé l'hosnneur en grande usmiliation, après le cueur qu'elle m'acorda. Je suis pecheur, je le sçay bien, pourtant ne veult pas Dieu ma mort. Ma conscïence me remort, par sa grace pardon m'acorde.

Et maintenant la flesche est partie. En cest incident me suis mis, qui de riens ne sert a mon fait. Je ne suis juge ne commis pour pugnir n'absouldre meffait : de tous suis le plus imparfait. Mes nerfs en pelocte ont faibli, mais ce que j'ay faist est faist. J'ai occis ma mie d'une flesche énervée, et syus seul ici et maintenant, ne pouvant plus que chanster :

Mort, j'appelle de ta rigueur, qui m'a ma maistresse ravie,
Et n'es pas encore assouvie, se tu ne me tiens en langueur.
Onc puis n'eus force ne vigueur; mais que te nuysoit elle en vie,
Mort?

Deux estions, et n'avions qu'ung cuer; s'il est mort, force est que devie,
Voire, ou que je vive sans vie, comme les images, par cuer,
Mort!

 
 
PmM (merci à François Villon)
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