Chasseur de Teckel Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Cela agit comme une drogue qui emplirait mes veines de feu. Une brûlante et insidieuse progression dans ma poitrine exaltée, l'ouverture des possibles immenses de la connaissance immédiate et de l'expérience infuse. Comme une drogue éventrant l'étendue du champ de ma conscience, labourant le sol laborieux de mes peurs anciennes et de mes craintes. Je chasse.

La corde de l'arc tinte faiblement quand un doigt l'effleure. Le couteau gémit quand il est tiré de sa gaine. La hache oscille autour de sa tête trop lourde. Le pieu craque de ses noeuds trop étirés. Toutes mes armes crient la tension qui me ploie à leurs ordres. Je chasse.

Les signes me guident. Ici le sol a la résonance particulière de la piste trop froide. Là, le passage est désormais impossible et la traque stérile. Ici, l'odeur est absente, rien n'a été. Mais là, soudainement, la trace est fraîche, l'odeur prégnante. Le sol de pierre est maculé, les marques étalées par un pied insouciant ou malhabile. Mais cela suffit pour affûter mes sens. Je chasse.

Le son à travers l'air cristallin me guide. Jappe, ô ma victime et je te trouverai. Même le son le plus infime me mènera à toi, le son de tes griffes sur le goudron de ta déchéance. Ou le bruit de ta peau rouge contre le cuir tendu du lien qui t'attache à ton ancre trop lente. Je te rejoins. Je chasse.

Car tu es là je le sens, trop lent, à l'attache. Ta maîtresse te ralentit, tu ne pourra rien contre son fardeau, le combat est faussé mais c'est celui que je recherche. Seule compte ton humiliation. Et c'est pourquoi je vais attendre que ton impuissance soit totale. Je chasse.

Je te vois. J'attends. Je patiente. Tu zigzagues entre les flancs des pneus et les murs gris. Tu te cambres et tu freines. Tu tires sur la laisse et te voilà toute honte bue, les pattes jointes et la langue tirée, occupé à déféquer. Je bondis. Je suis sur toi. Je te tiens. Je la tue. Et toi je te tiens, je te tiens, je te tiens. Ma cage est prête, et tu es dedans.
Je t'ai chassé. Je t'ai vaincu.

 
 
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