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"Je chasse le renard à courre"
Tous les premiers dimanches du mois, avec mes amis du club Saint-Hubert, nous cavalcadons gaiement à la poursuite de ce petit carnassier de couleur feu. Ah, le plaisir de la poursuite, les cris de joie des chiens et des valets ! Passer par rivières et monts, piétiner les récoltes avant de rattraper et de mettre à mort cette petite boule de poils duveteuse, qui finit déchiquetée par vingt chiens deux fois plus gros qu'elle... Un moment de pure grâce...
"Je chasse l'ours polaire à mains nues"
Pour moi, la chasse, c'est tuer pour se nourrir ou pour défendre son territoire, comme les prédateurs eux-mêmes. Lors de mes nombreux séjours dans le Grand Nord canadien, je cours nu sur la banquise pour retrouver les ours, je les provoque avec des gestes obscènes, puis je leur règle leur compte à mains nues, comme au bon vieux temps des trappeurs. C'est ce contact avec la nature qui me manque à Paris, ou à part le teckel du XVIème arrondissement, il n'y a pas de gibier de choix.
"Je chasse le chien de chasse"
Dès l'ouverture, je suis prêt, j'ai préparé ça depuis des semaines. D'abord, mon costume de lapin géant, ensuite ma carabine. Je vais dans un coin particulièrement fréquenté, je me tapis dans les fourrés, j'ouvre une boîte de terrine de lapin et j'attends. Au premier qui se pointe, je tire dans le tas, faut dire que j'emploie des munitions réservées à la chasse à l'éléphant : boum l'épagneul ! Paf, le basset ! Je sais, c'est cruel, mais c'est pas plus con que de flinguer un lapin.
"Je chasse le pingouin au club de golf"
J'ai beaucoup voyagé dans toutes les régions du monde, j'ai observé une multitude d'espèces rares et insolites, parfois dangereuses. J'ai toujours constaté avec amertume que le pingouin était un animal qui ne devrait pas exister : petit, courtaud, pataud, aussi gracieux qu'un rat mort et surtout particulièrement sournois et retors. Aussi, aux grandes migrations d'hiver en Terre de Feu, j'arpente la plage avec mon bois n°3 et je dégomme ces salopards qui se pressent entre mes jambes. Après, ils font moins les malins.
"Je chasse la chenille"
J'ai toujours été un passionné d'entomologie, les insectes, tout ça. Puis je me suis rendu compte que l'aspect scientifique m'intéressait assez peu. Dans ce monde sans pitié qu'est celui des insectes, on trouve des prédateurs qui feraient passer le lion pour un aimable végétarien. Notamment la Chenille Reine d'Humbolt, dont la férocité est sans égal. A la première rosée, je m'accroupis dans l'herbe dans ma tenue camouflage et je guette mon gibier. Quand je l'ai repéré, au moment propice, je le piétine sauvagement.
"Je chasse le cygne dans les squares"
Je n'ai jamais aimé les jardins publics, ces lieux de perdition obscènes. Mais le pire, parmi les canards sournois, les moineaux cauteleux et les immondes pigeons, ce sont sans conteste les cygnes, ces bestioles moches et arrogantes. Alors, je leur fais payer à toutes ces sales bêtes, ce sont elles qui ont comploté contre moi et qui m'ont fait virer de mon poste de gardien de square, mais elles vont moins la ramener, cette racaille volante et puante, parce que moi, c'est à la grenade que ça se passe, et croyez-moi, la chasse au cygne à la grenade, c'est un sport d'homme !
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