La Mort du Teckel Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

O vous, frères humains, qui après nous marchez
Sur les traces glissantes de notre destinée,
Laissez-nous aujourd'hui vous dire la terreur
Que la Mort a semé chez les teckels en pleurs.

Nous avons cru longtemps que notre courte taille
Nous mettait à l'abri lors des grandes batailles,
Que la rapidité de nos papattes lestes
Protégeaient nos destins des attaques funestes.

O, folie douce canine, nous étions immortels,
Nul ne pouvait nous vaincre, tous craignaient le Teckel,
Notre ennemi intime expirait en gisant,
La Mort nous épargnait et fauchait le Varan.

Malheur sur notre dos recouvert de plastique,
Nous pensions que le temps devenu élastique
Nous laissait à jamais le loisir de semer
Le long de vos trottoirs nos jalons étoilés.

Nous les Teckels choisis, nous l'immortelle race,
L'univers tout entier portera notre trace.
Et nos Dieux nous donnaient, dans leur grande tendresse,
Le désir et le droit de tirer sur la laisse.

"La mort n'est rien pour nous" aboyaient les Teckels,
Rassemblés par milliers autour de leur autel.
La vie est notre alliée, finis les repentances.
Stupide prétention, ô mortelle arrogance !

Elle nous est apparu au cours des réjouissances,
Dans une odeur de froid, de pourri et de rance.
Elle se tenait bien droit et toisait l'assemblée
Bien que sa brève hauteur n'excède pas un pied.

Elle marchait lentement vers le cœur du cortège,
S'arrêtant quelquefois, habituel privilège,
Marquant son territoire de son puissant arôme,
Elle montrait à chacun les bords de son royaume.

Elle portait sur le dos un suaire de plastique,
Noir somme un châtiment éternel et mystique,
Et nouée à son cou par un lien de cuir sombre
Sa faux, sa large faux, tranchait même les ombres.

Ses pas sur nos allées cliquetaient doucement,
Mais ce bruit d'osselet glaçait tout notre sang.
Parvenu sans un mot au pied de notre autel,
La Mort, car c'était elle, contemplait les Teckels.

Elle avait les yeux larges qu'ont ceux de notre race,
Mais le brun pailletté avait cédé la place
A deux vastes néants qui semblaient nous promettre
Toute une éternité sans baballe ni fête.

La Mort baissa la tête, et les chefs de nos chefs
Partirent en fumée vers le haut de la nef.
Les teckels étaient seuls, sans soutien, apeurés
Et la Mort disparut, sachant qu'elle reviendrait.

Et moi, le benjamin, cadet de l'assemblée,
Levait ma truffe sèche vers un ciel éploré,
Et puis courbait l'échine en gémissant sans cesse
Sans savoir si en haut quelqu'un tenait la laisse.

 
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