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"Je sais que la grâce n'arrivera pas. Je le sais depuis deux jours, mais j'ai menti à Michael. C'est trop inhumain, je ne peux pas être celui qui l'assassine. Tous ceux qui lui retirent ses derniers espoirs, minute après minute, sont ses assassins. Pas seulement le médecin qui appuiera sur les boutons d'injection. Je sais que la grâce ne viendra pas parce que le gouverneur a bien d'autres sujets plus importants, même si les élections ne sont que dans deux ans. Je ne veux pas regarder Michael pendant qu'on l'attache. Et si je le regarde, je sais que son visage est tourné vers le téléphone, comme ceux de la plupart des gens dans la pièce. Je ne veux pas croiser le regard de Michael, parce qu'il va savoir que je sais que la grâce ne viendra pas du téléphone."
" Bates le sait aussi, mais il a l'habitude ; rien n'apparaît sur son visage. C'est sa vingtième exécution au moins. Ce doit être un bon joueur de poker, avec cette impassibilité. Pas de tremblements, sa voix est posée pendant qu'il dirige les opérations. Bon sang, Michael. J'ai une gueule horrible dans cette glace. Michael doit regarder à travers, mais il ne doit voir que son propre reflet, attaché sur cette table les bras en croix. Et tous les autres derrière qui regardent à travers la vitre sans tain. Je suis sûr qu'ils croient que nous les regardons, même si on leur expliqué que c'était impossible. Et Lamb ? Je me demande ce qu'elle pense. Sans doute rien, elle doit avoir hâte que ce soit fini...comme moi."
"Bon sang, j'ai fait tout ce que j'ai pu. Mais qu'est ce je vais faire demain. Et Cherryl ? Elle va compatir, mais Michael sera mort. Elle a raison, c'est moi qui le tue, avec tout le système auquel j'accepte de participer. Mais ce n'est pas elle qui est là avec cette odeur d'eau de Javel. Putain, je divague. Et ce connard de gardien-chef qui vérifie minutieusement les liens, comme si Michael était Batman. Le médecin va poser les perfusions. Richer surveille tout. Je pense qu'il a trafiqué cet interrogatoire, mais c'était impossible de l'enfoncer pendant le procès. Le Shériff avec un grand "S". Salopard, j'aurais peut-être du... Je ne sais pas. Qu'est ce que je pouvais faire. Je ne sais plus. Bates regarde sa montre et fait signe au médecin. Il se penche sur Michael avec ses aiguilles. Bon sang..."
"Bon sang, Michael a cru que ça allait le tuer tout suite, mais le médecin lui a dit que ce n'était qu'une préparation. Il ne veut pas être l'assassin, lui non plus. Je crois que Michael a... il le sait bien sûr. Après tout, ce que j'ai fait a contribué aussi à le préparer. Il faut que j'écrive cet article sur les conditions carcérale, et sur la fausse pitié et sur la fausse compréhension qui prépare le condamné à accepter qu'on le tue. Michael regarde le téléphone. Pas de révolte illégale. Le seul recours légal est le téléphone, et Michael ne pense plus qu'en terme de légalité. Son seul espoir. Et c'est moi qui l'ai laissé croire ça. Bon sang, Cherryl. Qu'est ce que je vais faire demain ? Ah ça, j'aurais droit à des félicitations à la prochaine réunion de la fraternité, mais demain au bureau. Je vais prendre un jour de congé. Je vais... je vais partir, il faut que je parte. Michael marmonne. Richer le toise. Bates attend. Il va regarder sa montre. Le médecin regarde Bates. Ce n'est pas vrai, ce n'est tout simplement pas vrai."
"Michael regarde le téléphone. Bates a fait un signe discret au médecin, pour qu'il commence doucement à injecter le calmant et l'anesthésique. Michael va partir dans les vaps et il n'entendra même pas l'ordre d'exécution. Il gémit, il doit s'engourdir. On dirait qu'il veut crier. Il est peut-être mort déjà ? La peur ou je ne sais quoi. Il ne s'est pas fait dessus, ça me soulage."
"Procédez !"
"Ca y est, c'est parti. Le médecin a lancé les injections l'une après l'autre. La machine envoie les liquides, on voie les pistons qui bougent. Michael ne bouge plus. Bates observe. Bon dieu, la tête de Richer, il va se trouver mal. Michael s'endort, il dort déjà. Il ne fait que dormir. Il ne fait que dormir. C'est fini je suis sûr. C'est fini. Non, il bouge. Non. Le médecin se penche. Stéthoscope. C'est fini. C'est fini. C'est fini.
Qu'est ce que je vais faire demain ?"
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