| |
| Shangaï.
Atterrir à Shangaï est déjà un non-sens.
Nous devrions y aborder. Il ne faut pas venir à Shangaï
dans l'espoir de confronter la cité mythique que nous connaissons
à la réalité moderne. Il n'y a de Shangaï
que dans nos esprits lointains d'occidentaux. Ici, le Shangaï
que nous imaginons ne veut rien dire. Rien. Je ne vais pourtant pas
cesser en ces deux jours de tenter cette confrontation que personne
ici n'imagine. Et si je dois illustrer ce voyage d'une ou deux images
ramenées pour vous, je ne peux faire autrement que d'utiliser
deux parfaites cartes postales de ce que Shangaï est devenu pour
ses habitants. |
| |
 |
| |
|
Une ville moderne
comme nous en connaissons mille. Un aéroport tout à
fait banal, un bus moderne, des kilomètres d'autoroute pour
atteindre le centre, des bâtiments modernes, des architectures
futuristes, des espaces verts, la foule sur les trottoirs, des taxis
qui klaxonnent, des travaux partout. Et puis une lente transformation
s'opère : trop de foule, trop de bruit, les haut-parleurs
des bus hurlent en chinois, les routes serpentent sur plusieurs
niveaux entre les immeubles, les piétons empruntent des passerelles
au-dessus des carrefours, la publicité aggressive, les grands
idéogrammes colorés, les écrans vidéo
sont omniprésents. Un fine pluie grasse couvre le sol. Je
me trouve projeté dans le décor de Blade Runner, j'ai
l'impression que les voitures volent autour de moi, les travaux,
les cris, les bruits, les odeurs des cantines roulantes qui proposent
des bols de nouilles saturent tous mes sens. Je rentre à
mon hôtel et me couche épuisé.
|
| |
 |
| |
|
Au matin, très
tôt, je sors de l'hôtel dans les premières lueurs
humides. L'air pollué porte le goût salé de
la mer. Je marche au milieu des avenues silencieuses : je trouve
rapidement l'entrée de rues plus étroites et plus
animées. On me regarde évidemment, mais l'on continue
de vivre, de manger aux roulantes le déjeuner mâtinal,
d'enchaîner les vingt-cinq mouvements réglementaires
du taï-chi officiel sous les porches des immeubles. La sirène
d'un navire retentit longuement. Nous sommes dans un port. Je me
laisse attirer vers le Bund, la grande promenade au bord du fleuve
qui ouvre ses portes vers la mer. Je sens comme un frémissement
dans ce Shangaï de l'aube, une vieille femme ancienne et expérimentée
qui frémit sous les oripeaux un peu raide d'une modernité
qu'elle aime et qu'elle rejette. Peut-être tout simplement
la continuation de ces adaptations successives qui ont forgé
son expérience et son caractère. Je mange un beignet
rond en souriant au vendeur et à deux clients qui me parlent
sans que je puisse comprendre. Une sirène retentit. La lumière
découpe les hautes tours de la cité commerciale. Il
y a là un mystère qui m'échappe, et qui s'obstine,
insaisissable, à me provoquer de son souffle pourri, et très
doux.
|
| |
| PmM |
|