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| A la manière
de Monsieur Leconte De Lisle. |
| "Tout gémit,
l'astre pleure et le mont se lamente" |
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| C'est un pays
carré, la paix et l'ordre y règnent, |
Les Ulars
ont conquis tous leurs proches voisins.
Ils adorent trois Dieux qui jamais ne dédaignent
De combler leurs souhaits et rassasier leurs faims.
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| Les champs aux
épis mûrs s'étendent presque infinis |
Aux bords
de l'Occident ravagé de douleurs,
Et la vie qu'on y coule, d'une douceur inouïe,
Fait oublier le monde déchiré de malheurs.
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| Alderan et Edar
sont tous deux à la base. |
La pyramide
des Dieux regarde vers le ciel.
Edar dans les forêts, la terre ton apanage,
Alderan dans l'onde gouverne les eaux fidèles.
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| Aldur, premier
divin, tu te tiens au sommet; |
Ceux qui prient
voudraient bien ne s'adresser qu'a toi.
Mais celui qui gouverne ne s'abaisse jamais,
Tu te tiens au dessus, toujours distant et froid.
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| Aldur, premier
des Dieux, tu règnes comme en un songe. |
La guerre
n'ose pas se réclamer de Toi.
Mais le guerrier parfois en la démence plonge
Et son épée abat les plus puissants des rois.
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| Aldur, premier
de Dieux, tu règnes comme en un rêve. |
L'avenir,
on le dit, occupe ta pensée.
Mais le poète obscur qui s'acharne et qui crève,
Par ton regard austère souvent est inspiré.
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| Ainsi sont les
Dieux qui gouvernent le monde, |
La terre,
l'eau et l'éther ont chacun leur seigneur,
Mais béni soit le ciel et bénies soient les ondes,
Pour le Pays les Dieux ne rêvent que bonheur.
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| Dans ce pays
au nord est un Roi très-puissant, |
Un des trois
qui toujours aux frontières montent garde,
Qui loin des épis mûrs repousse les manants,
Repousse les armées et les foules blafardes.
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| Car le monde
en dehors de cet endroit béni |
N'est que
fange et misère et lente pourriture
Un fosse croupissant d'où jamais les bannis
Ne peuvent revenir, leur dernière aventure.
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| Les foules affamées
le roi combat sans trêve, |
Gardant à
tout jamais le pays consacré,
Alors qu'autour de lui les hommes à la vie brève
Grouillent et le maudissent, il demeure indompté.
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| La Chute du Pays
ne sauverait pas le monde, |
Tous, ils
savent cela, qui s'en vont combattant.
Les récoltes, les fruits mûrs et le grain qui abonde
Ne pourront pas nourrir ces peuples menaçants.
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| Aussi font-ils
la guerre sous les ordre du Khan |
Leurs femmes,
leurs enfants, le pays de leurs pères,
Les Dieux dans les éthers qui sont comme attendant,
De tout ce qu'ils adorent ils sont la barrière.
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| Pourtant, cette
nuit-là le rempart a faibli. |
Un homme est
passé qui atteindra le Roi,
A son plus vulnérable au plein coeur de la nuit.
Il marche entre les tentes et nul ne le voit !
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| Un couteau au
coté, une torche à la main, |
Il se tient
à la fin devant la grande toile,
Maigre, les bras nus et tout tremblant de faim;
Sa cape dans le vent claque comme une voile.
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| Mais nul ne l'entend
et nul ne le voit. |
Et quand enfin
il entre dans la tente du chef,
Les deux pieds bien plantés, il élève la voix
Et dit: "Chien, lève-toi! Mon temps ici est bref !
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| Devant le Khan
vainqueur c'est ainsi qu'il se dresse : |
Claquant des
dents, hagard, secoué de terreur.
Pourtant ces yeux ouverts que la folie oppresse
Démentent la démence et confirment la peur.
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| Il le regarde
en face et ses yeux sont deux braises ; |
La peur qu'on
y voit n'est pas celle du Roi.
C'est la peur du néant que la mort même n'apaise.
Pas de pouvoir plus grand que cette peur-là !
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| "Ecoute ma parole,
Ô roi des multitudes. |
Les Dieux
que tu vénères m'apparaissent en songe:
Ils crient et mon esprit endure leur solitude;
La Trinité sacrée n'est qu'un affreux mensonge !
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| "Les Dieux sont
les jouets d'un pouvoir supérieur, |
Ils ont été
créés pour amener le monde.
L'ennemi du néant les fit naître à son heure,
De l'éternel Vide il fit vibrer les ondes.
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| "Et il en créa
quatre, entend bien, roi des bêtes! |
Quatre sont
les Dieux et tout est perfection,
Le carré, l'univers et chacun d'eux
l'arête ;
Ils ne sont plus que trois et tout est affliction!
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| Prends ma main,
chien des Dieux, éprouve l'horreur céleste. |
Si ton esprit
est fort, il ne sera détruit;
Le mensonge suprême, ce premier palimpseste,
Une fois révélé, se venge à grand bruit.
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| Le grand roi
prend sa main et d'un coup il se dresse, |
Un feu semble
brûler au travers de ses os.
Comme un titan tombé que l'univers oppresse
Il gémit ; la sueur ruisselle sur son dos.
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| Il recule d'un
pas mais ne lâche pas cette main, |
La Création
lui parle au travers du vieillard.
Douleur des jours passés, douleur des lendemains,
La douleur du monde aveugle son regard
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| L'Univers hurle
en lui, l'étourdit de sanglots, |
La souffrance
est partout, la vraie matière du monde,
La trame de la toile où un vibrant pinceau
Chargé de sang dessine un paysage immonde.
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| La souffrance
est partout! La peine universelle |
Fait trembler
les vieillards, rager les jeunes gens ;
C'est que même les enfants qui tètent la mamelle
Et ne savent rien d'autre, se souviennent d'avant !
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| "Avant !" chantent
les bois, "avant !" pleurent les prés, |
L'arbre qui
abattu s'en va brûler dans l'âtre,
La pierre et le nuage, l'étang et le cyprès,
Se rappellent, gémissant, quand les Dieux étaient quatre!
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| Un quatuor
de Dieux formait le coeur céleste! |
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| Edar et Alderan,
Aldur, premier divin, |
Sortirent
du néant non pas seuls mais par paires.
Alderan et Edar se tenaient par la main,
Aldur par la main se tenait à son frère !
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| L'ennemi du néant
n'a qu'un but, qu'un rêve: |
Il hait le
vide l'absence et veut la création.
Accomplir ce destin, il y pense sans trêve.
Et il créa les Dieux que cesse l'oblivion.
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| Ils vivaient
dans un rêve, s'observant tour à tour, |
Repus, satisfaisant
leurs mutuelles faims.
Heureux et s'ignorant, le temps suivait son cours,
Et Ils se tenaient là et Ils ne faisaient rien !
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| L'ennemi, impatient,
hurlait son désespoir. |
Pas de corps,
pas de mains pour créer l'Univers !
Pas d'âme pour rêver, d'esprit pour concevoir,
Quand on n'est qu'une pulsion au travers de l'éther !
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| Voici pourtant
les Dieux! Il leur a fait le don |
De son peu
de substance afin qu'Ils répondent
L'appel vibrant du vide, apaisent la frustration
De tout ce qui n'est pas, l'absence haie des mondes !
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| Oh, Ils rêvent
le monde et Ils ne font que ca ! |
Ce rêve, Ils
se le donnent comme un muet cadeau.
Mais, palace ou planète, Ils ne bâtissent pas,
Leurs mains pendent inutiles, le vide est un tombeau.
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| L'entité créatrice
se met à les haïr. |
Cette étreinte
si parfaite, ce bonheur comme volé
Insultent à sa misère, ils doivent en sortir;
S'il doit en tuer un, il ne va hésiter!
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| Ils doivent faire
le monde, eux seuls ont ce pouvoir! |
La perte de
leur frère, l'extase foudroyée,
Les laissera seuls et nus, en proie au vide noir.
Et libérés du songe ils vont enfin créer!
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| L'un d'eux cesse
d'être, l'ennemi n'a pas d'âme, |
Le meurtre
à peine conçu trouve à s'employer.
Sa pensée est action et toute idée s'incarne.
Du quatrième rien, pas un nom, n'est resté.
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| Voici que la
douleur s'élance sur le monde. |
(Le rêve était
le monde, le seul qui fut jamais.)
L'ennemi du néant croyait l'horreur féconde,
Mais rien ne sortira du Dieu assassiné.
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| Le peu de ce
qui est se défait peu à peu, |
Quand un à
un les Dieux s'éveillent à la douleur.
Ils sortent de l'extase et cherchent autour d'Eux
Leur frère foudroyé de Leurs yeux pleins de pleurs.
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| Sur un lambeau
du rêve, au moment de l'éveil, |
Des êtres
impuissants s'interrogent et se parlent,
Un Roi, gardien des portes du pays de miel,
Est tombé en tremblant aux pieds d'un vieillard pâle.
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| Il a lâché la
main, la création s'est tue. |
Il ne peut
plus sentir la peine universelle
Qui fouillait dans ses chairs, mettait son âme à nu;
Il ne peut plus nier le mensonge éternel.
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| "- Tout souffre,"
pleure-t-il, il ne peut que gémir. |
"- Je me croyais
heureux d'un bonheur emprunté,
Montant toujours la garde et sans jamais fléchir,
Reconduisant les hordes loin de mes êtres aimés.
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| "Je croyais en
mon coeur abusé de mensonges |
Que le malheur
jamais n'entrerait au pays.
Dis-moi, vieillard hideux, cette pensée me ronge,
Que ceux que j'aime au moins ne souffrent pas ainsi !
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| "- Ils souffrent
aussi, te dis-je ! Rien qui soit épargné : |
Le cerf dans
la ramée, la fleur sur sa tige
Endurent comme les Dieux et comme eux sont damnés
Pas de paix au tourment qui tous nous afflige.
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| "L'ennemi du
néant lui-même est dans les braises, |
N'est jamais
qu'une envie, le besoin de créer ;
Il lutte contre le Vide qui jamais ne s'apaise
Et jamais ne s'émeut, seule chose sacrée.
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| "Tu sais la vérité
: nous même ne sommes pas ; |
Après
la mort du quatre les Dieux n'ont pas créé
Il n'ont pu que pleurer, la peine ne bâtit pas,
La joie ne bâtit pas, rien n'est et rien ne fait."
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| Ils sont venus
en bandes, ils ont tué des gens ; |
D'enfants
et de vieillards ils ont remplis des tombes.
Ils ont renié les Dieux, égorgés leurs amants,
Au coeur même des temples ils ont planté des bombes.
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| Lorsque tout
fut brûlant ils s'en allèrent au sud |
Continuer
leur guerre insensée et cruelle,
Transformant le pays en noire solitude,
Détruisant tout ce que l'on croyait immortel.
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| Au nord d'Alandrieu,
un grand Khan fit la guerre ; |
Il ravagea
la terre sous des torrents de feu.
"Me soucie peu du feu, si peu de la misère,
Quand les Dieux eux-mêmes ne peuvent être heureux."
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