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| En débarrassant
la bibliothèque encombrée d'un ami, j'avais trouvé
la photo entre les pages d'un livre abîmé de Nicolas
Bouvier, d'où elle s'était échappée
pour tomber à mes pieds, face contre sol, me laissant
découvrir une date et une phrase sybilline qui s'était
inscrit dans ma mémoire avant que je ne ramasse et retourne
la photo pour en contempler longuement l'image. Je n'avais rien
dit pour ne pas troubler l'atmosphère morose; après
tout, il m'avait légué le contenu de sa bibliothèque
avant son départ, et la photo m'était sûrement
destinée. Il avait à présent disparu dans
un de ses voyages improbables, et j'aidais son frère
à vider son appartement que les propriétaires
avides réclamaient depuis un mois. |
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| « Au
Nord ? Au Sud ? Je ne sais plus... loin en tout cas.» suivi
d'une date «20 Octobre ». Son anniversaire, c'était
la date qu'il avait choisie pour démarrer son voyage circumterrestre,
quelques mois auparavant. De port mythique en port mythique, les cartes
postales s'étaient succédées à un rythme
irrégulier. Dakar, Le Cap, Dar-es-Salaam, Aden, Bombay, Padang,
Auckland, Hanga-Roa, Valparaiso étaient les jalons de son parcours.
La dernière, la toute dernière, venait de Punta Arenas.
Quelques mots sur le vent, sur l'espace, sur le Cap Horn tout proche.
Quelques mots aussi sur les cinq dimensions
du monde qu'il espérait atteindre, le Nord, le Sud, la liberté,
l'esprit, l'homme. La main gagnante du grand poker
disait-il avant d'embrasser son pingouin de bois lorsque nous mangions
ensemble dans son appartement surchauffé. Et maintenant, seulement
quelques mois après, en plein coeur de l'humide hiver parisien,
il ne restait plus qu'un tas de livres dans un grand carton, un pingouin
orphelin, et un corps qui devait pourrir dans la ruelle obscure d'un
port abandonné, ou flotter entre les deux eaux froides d'un
océan en tempête. Voyager et mourir... au Nord, au Sud,
quelle importance ? Loin en tout cas. |
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