|
L'oncle a deux
parcelles, chacune de dix mètres sur dix. Sur l'une, il lutte pied
à pied contre le chiendent et la lèpre, et contre les émissaires
de celui qui mord et qui entaille, les émissaires de celui
dont on ne prononce pas le nom.
Le millepertuis
s'y dresse comme canines et le pissenlit serre sa mâchoire de lion
sur la botte du vieillard. Sur l'autre, un bœuf broute. Il coupe,
le bœuf, il écrase, il mâche et il rumine. L'oncle aussi se fait
du mauvais sang : ses deux parcelles se plient comme une feuille.
Elles se referment sur le millepertuis, le bœuf et le paysan, qui
voit rétrécir chaque jour les dimensions
de la gorge qui l'avale. Les piquets, seize autour de chaque parcelle,
plus ceux qu'il a planté dans un accès de sagesse, sont autant de
dents pour le dévorer. Déjà, des vers, par
groupes de quatre, sont sortis de terre pour entamer la digestion.
|