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Il n'y
a plus de mystère à l'Ile de Pâques. Il
n'y a plus que la vibration intime de l'île la plus
lointaine du monde, où l'on peut encore s'endormir
sous la couverture soyeuse des étoiles du Sud, veillé
par l'ombre immense des statues pétrifiées.
Je viens ici comme en pélerinage vers les mythes de
mon enfance. Je prends soin de relire les livres, sources
de mythes. Et je trouve à mon arrivée une réalité
surprenante mêlée de magie ancienne, et j'apporte
avec moi la poésie qui rend mon séjour inoubliable.
Et d'abord,
l'horizon. Les statues tournent le dos à l'océan,
je tourne le dos aux statues et je contemple l'horizon. Je
colle mon oeil à l'appareil et je capture image sur
image comme pour m'approprier cet infini qui se perd, là-bas,
sous les nuages voluptueux. Comme Stevenson, c'est cette première
île du Sud et ce premier horizon qui m'attacheront au
Pacifique pour la vie.
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Pour la vie ?
Comment puis-je le savoir ? C'est comme ça. Une pulsation intime
qui m'annonce peut-être que j'ai trouvé ici de nouvelles
raisons de voyager. Je suis sur l'île que ses habitants nommaient
nombril du monde, parce qu'ils ne connaissaient pas d'autre terre.
Je suis ici et maintenant immobile sur les rochers noirs, contemplant
la rotondité du monde, parcourant de l'imagination les étendues
salines, apercevant les côtes des archipels et des continents
d'outre-monde, voyageur debout sur la Terre comme tous les voyageurs,
fiché dans cette planète que je réduis à
mon échelle avec humilité. L'horizon m'absorbe, m'étire,
me séduit ; je deviens frégate pour suivre les alizés.
Je vole, haut, oiseau dérivant de mes rêves.
Le regard des statues me rend à l'humanité. |
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| J'embrasse l'horizon
de mes bras étendus. Ici commence réellement mon voyage.
Court voyage, mais grand voyage. Sur quelques kilomètres carrés,
je suis au nombril du monde. |
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| PmM |
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