Le Bouclage - La Livreuse Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Ce soir, c'est la soirée de bouclage du dernier numéro de KaFkaiens. Pas n'importe quel numéro, le 1000ème. Comme d'habitude, ils ont appelé la boutique vers 20 h pour commander leurs ghiedzzas et comme d'habitude, ils ont demandé expressément leur livreuse attitrée. Mon service fini, j'attendais leur appel. Je suis très fière d'être depuis 10 ans la livreuse officielle de ghiedzzas de la rédaction de KaFkaiens. Pour chaque bouclage, la commande ne change pas. Les cinq ghiedzzas doivent être amenées le plus rapidement possible chez les KaFkaiens. Ils n'aiment pas lorsqu'elles arrivent trop froides.

Ce soir, aucun problème, le ciel est dégagé. Ma turbomobe se faufile entre les speeders rentrant du travail. A 20h15, comme prévu, je sonne à leur porte, avec la douce odeur des ghiedzzas et mon sourire jusqu'aux oreilles. Il y a vraiment tout le monde. Ils m'attendent. A peine ai-je sonné à l'interphone, que je les entends crier en cœur : "Ah, la livreuse de ghiedzzas." Ce rituel me fait chaud au cœur, et me voilà toute impatiente d'entrer. La porte s'ouvre, Ctrl-V m'accueille telle une messie. J'ai beau le connaître, je n'arrive toujours pas à me faire à ses antennes vénusiennes et à son discours haché. Je pénètre dans la salle de travail. Théo7, le drone, me fait un signal auditif aigu montrant son approbation. J'ai pensé à lui, je lui ai amené la meilleure huile de vidange pimentée. Margot s'est assise dans le fauteuil près de la cheminée et gratte énergiquement sur un carnet à l'ancienne. Elle ne relève pas la tête et m'envoie un bonsoir de courtoisie. Comme d'habitude, Martin est le seul à s'être levé pour m'embrasser. Je dois m'étirer pour atteindre le visage de ce grand bonhomme qui ne fait pas beaucoup d'efforts pour se mettre à mon niveau. Martin est le rédacteur en chef du journal depuis plus de 10 ans, depuis aussi longtemps que je suis livreuse. Il semble un peu sur les nerfs, mais la vue des ghiedzzas adoucit les marques de son visage. Je pose ma veste en plasticor rouge et je m'assois parmi eux.

Il ne nous reste plus qu'à travailler.

 
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