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j'ai : tant
de choses à te dire, tant de choses, qu'il y a irrémédiablement,
un reste de fête, une poussière de fin de soirée entre toi et l'autre
moi ; j'avais, quand tu es partie et restée, un pourboire qui résonnait
dans ma tête, qui n'avait cesse de résonner, qui creusait des sillons
et s'y enfonçait, et toute cette terre grise qu'il rejetait s'éparpillait
autour de mon crâne, posé sur l'oreiller
maintenant c'est le Soleil qui réchauffe mon corps ; quand je laisse
la fenêtre grande ouverte, mon lit est dans la colonne enflammée,
et je me laisse aller à l'abandon, quel charme, dirais-tu ; tu ne
dis plus rien, tu n'as plus rien dit dès lors que nous étions deux,
avec ce saladier rempli de fruits entre nous. Te souviens-tu, le
soir de tes trente ans, d'un bruit sourd contre la table : tu as
vu la pêche perdre son poids et ton œil gauche a failli s'envoler
et perdre de l'altitude au fur et à mesure que grâce à qui tu retombais
dans mes bras.
moi j'ai
la chance de voir dans mes rêves retomber tes gouttes de pluie et
les quatre mille lettres que tu m'as renvoyées je les ai toutes
relues à la flamme d'un briquet.
je t'ennuis au plus haut point, mais j'ai mille degrés de différence
j'ai trente-et-un points marqués sur le front et je bise, mais c'est
pour toi charmeuse que j'ai perdu ma langue.
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