Promenade à Yangshuo Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Dans le sud de la Chine existe une région dont la beauté des paysages a nourri l'art chinois plus que tout autre, dont les images rapportées sont devenus pour nous un certain symbole d'une chine ancienne et millénaire. Dans le Guangxi, près de la ville de Yangshuo, l'érosion des montagnes quartziques a créé une multitude de montagnes en pain de sucre qui semblent fichées dans un sol de limon plat patiemment mis en culture pendant des siècles.
 
 
Au sortir de la ville, sur les vélos que nous avons loués, notre promenade dans les environs de Yangshuo devient largement onirique. Entre les pics abrupts couverts de végétation, les rizières étalent leur régularité verdoyante encadrée par les fossés d'irriguation. Les chemins de terre rouge que nous empruntons tracent au sol le réseau artériel d'une campagne calme et façonnée par l'homme depuis des millénaires. Les bouquets de bambous nous abritent: leurs énormes troncs oscillent dans le vent avec les plaintes régulières de vieux galions exténués. Nous trouvons un phasme dont le corps vert annelé de jaune reproduit les petites tiges de bambou. Nous pédalons au vert: le vert omniprésent du riz, des arbres, des bambous et des plantes
 
 

Dans ces champs, nous croisons parfois un paysan et son buffle d'eau, dans une sorte de "touche parfaite" au tableau champêtre dans lequel nous sommes projetés. Quel effet cela fait-il de se trouver plongé dans une carte postale ? Nos paysans en bleu sombre ont de grands chapeaux de paille et mènent d'une baguette nonchalante de grands buffles fauves aux cornes épaisses. Comme la plupart des chinois, ils sont assez étonnés de nous voir: nous sommes sans doute de grands barbares blancs dans cet océan de couleurs vertes ou délavées. Et c'est ainsi en extraterrestres que nous goûtons le plaisir de pédaler dans les chemins boueux de ce monde étrange et pourtant familier.

Il ne nous faut plus tard que quelques heures de bus chinois pour trouver un autre trésor de notre imaginaire d'Asie. Dans une région protégée où vivent les ethnies minoritaires chinoises, nous découvrons les rizières en étages sculptées dans les montagnes, à perte de vue et d'imagination.

 
 
Ici, tout le monde nous sourit, mais c'est sans doute parce que nous représentons une manne conséquente. Plus tard, après nous être fâchés avec l'autorité chinoise (étrangère à la minorité, donc) du village, nous récolterons quelques sourires sans doute plus authentiques. Ce sont les femmes qui nous accompagnent entre les rizières jusqu'aux maisons de bois, les hommes sont au travail de la terre et des étagements depuis le matin.
Dans une des grandes maisons de bois, au premier étage, nous devenons le centre de l'attention générale. Les femmes du village ont toutes amené les ingrédients de notre repas, et la cuisinière en chef pèse scrupuleusement chacun des apports pour déterminer la quote-part de chacune au moment de la répartition de ce que nous leur donnerons. Lorsque nous seront tous attablés, les femmes pépiantes se regrouperont et discuteront, parfois avec véhémence, de cette répartition, jusqu'à ce qu'elles éclatent de rire au milieu du silence que nous avions fait pour les écouter. Un peu de fraîcheur et de sincérité dans le tableau vivant que les minorités semblent parfois jouer à l'attention des touristes barbares.
Le repas, simple, nous semble forcément délicieux, sans doute parce que nous assistons à sa préparation les fesses calées sur de minuscules tabourets, serrés autour du foyer de cette maison immense où vivent plusieurs familles.
 
Bien d'autres minorités partagent les flancs des montagnes couvertes de rizières. Nous les laissons bientôt à leur bonheur paisible. Nous retournons à Yangshuo goûter l'harmonie du bambou et de la terre et du riz.
 
Photos de Bérénice Billion et Daniel Sanchez
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